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Vohibola, la forêt sacrifiée de l’Est !

Par Tsilo. C’est un appel au secours que l’on entend depuis la forêt de Vohibola, district de Brickaville, dans l’Atsinana. C’est une forêt victime de pillages, de braconnages, et de coupes illicites, malgré les multiples tentatives de l’association locale, Razan’ny Vohibola, d’interpeller les autorités. La situation s’envenime : les riverains parlent de menaces physiques, d’intimidations, et de corruption. En près de 15 ans, cette forêt a perdu plus de la moitié de son étendue : à peine 1 000 ha subsistent actuellement, contre plus de 2 000 ha auparavant. Les malfaiteurs se frottent les mains, Vohibola se meurt. Au moins trois suspicions de corruption sont relatées au cours de l’investigation menée par les journalistes, impliquant des trafiquants, des élus locaux et des éléments au niveau du tribunal.

Partie Nord de la forêt de Vohibola, septembre 2022. Copyright – Ismaël Mihaja/Malina

C’est toute une population qui vit dans une atmosphère d’inquiétude devant les trafiquants et les exploitants illicites. Dans la commune rurale d’Ambinaninony, district de Brickaville, directement rattachée à la forêt de Vohibola, les villageois sont terrorisés : les trafiquants sont armés, et n’hésitent pas à s’en prendre aux habitants et aux patrouilleurs. Ils semblent bénéficier de protection en haut lieu. « Je ne gagne rien pour ce travail de protection de la forêt de Vohibola, mais je me suis fait des ennemis dangereux » jure Talata Joelina, ancien président de l’association Razan’ny Vohibola. A la question « Que fait le fokonolona face aux pilleurs ? », la réponse d’un villageois de Topiana est révélatrice du climat ambiant : « Le fokonolona devrait agir et protéger la forêt, mais les membres de l’association ont peur pour leur vie, ils ont peur de se faire agresser au couteau en pleine forêt ». Ainsi, la forêt de Vohibola devient un champ de bataille entre des protecteurs à mains nues et des pilleurs armés.

A une soixantaine de kilomètres de Toamasina, Vohibola est la dernière forêt primaire du versant Est de Madagascar. Elle est entourée par les villages d’Andranokoditra, Tampina, Topiana et d’Ambodirotra et séparée de l’océan Indien par quelques 300 mètres de plage. C’est une forêt ciblée par les trafiquants de bois, malgré son statut d’aire protégée accordé en 2016.

En cinq ans, Vohibola aura fait couler de l’encre dans la presse. Racontés par l’association locale de villageois, Razan’ny Vohibola, les récits révèlent les abus et exploitations illicites dans la zone forestière. « Il y a au moins huit à dix feux de charbon dans une zone, et je ne vous parle que d’une partie de la forêt » s’offusque Angélique Décampe, actuelle présidente de l’association, aux côtés de son mari Stéphane Décampe. Lors de notre descente à Vohibola en septembre 2022, des cendres et des débris de charbon récemment carbonisés ainsi que des fagots de bois coupés et attachés ont été trouvés sur les rives de la rivière Alaotra, à l’extrême nord-ouest de la forêt. « Ces pratiques ne sont pas nouvelles », explique un riverain qui a demandé à garder son anonymat. « On les constate depuis plusieurs années mais elles se sont aggravées ces dix dernières années ».

Lieu de carbonisation illicite de charbon de bois au cœur de la forêt de Vohibola, septembre 2022. Copyright Ismaël Mihaja/Malina

Les ressources humaines manquent cruellement. Seuls deux agents de patrouille rémunérés par l’association Razan’ny Vohibola sont en charge des 2700 hectares recouverts de forêt. Rakoto et Stan commencent leur ronde à 7h du matin pour explorer le site à pied. En cas de délit, les moyens pour prévenir les gendarmes manquent, il leur faudrait refaire le trajet vers leur village. Faute de matériels et de moyens humains à disposition des patrouilleurs, les pilleurs, armés, s’échappent. « Nous les entendons de loin en loin, surtout la nuit. Ils allument du feu pour faire du charbon » racontent ces agents. Les deux gardes regrettent leurs compagnons dont la plupart auraient décidé d’abandonner, sous la pression. « Nous étions douze. Mais ils sont tous partis, certains sont revenus à la campagne pour devenir des riziculteurs… ». Braves mais sans grands moyens, les agents de patrouille se battent seuls.

Trafic de bois, de Vohibola vers Toamasina

« Un groupe de personnes originaires de Toamasina organise et exécute l’exploitation illicite dans la forêt de Vohibola », accusent les patrouilleurs.

Rakoto et Stan sont formels : « Ils sont une dizaine d’hommes qui s’introduisent au cœur de la forêt, armés d’objets tranchants et d’outils. Nous ne pouvons rien contre eux ». Ces coupeurs illégaux s’en prennent généralement à des espèces bien ciblées : les bois de nanto, de tezatrasina, de tezamaty et d’andrivola. Ce sont des bois réputés solides et résistants à l’humidité, utilisés dans la construction.  Les troncs sont liés en fagots de dix, puis extraits hors de Vohibola par pirogues. Ils sont ainsi transportés plus loin, pour être transbordés vers de plus grands bateaux ayant une capacité d’une centaine de troncs. Quand le bateau est suffisamment rempli, les trafiquants lèvent l’ancre en pleine nuit, et sillonnent le canal de Pangalane jusqu’aux abords de Toamasina qu’ils rejoignent dans l’obscurité.

Embarcation remplie de sacs de charbon de bois traversant le canal des Pangalanes, près de Vohibola. Septembre 2022, Copyright Ismaël Mihaja/Malina

A Toamasina, des complices prennent le relais et transportent la cargaison illégale de bois vers le lieu-dit « Pont Mainty », marché de bois, d’articles de menuiserie et de mobiliers. Dans ce marché du « Pont Mainty » à Toamasina, un tronc de 2 à 3 m de longueur est vendu entre 9 000 et 15 000 Ariary, selon la qualité du bois. Le bois de nanto est le plus coûteux, car de meilleure qualité.

Rado est l’un des commerçants de bois du « Pont Mainty ». Il nous révèle la provenance du bois vendu au marché : « Ces troncs que vous voyez au marché de bois de Toamasina viennent de la zone de Vohibola. Les gendarmes et les autorités chargées du contrôle de la circulation des marchandises ne font pas la différence entre un bois ordinaire que l’on peut couper et vendre et le bois issu spécifiquement d’une zone protégée. Tant et si bien que les bois de Vohibola accèdent au marché de Toamasina, sans problème. D’ailleurs, des gens peuvent vous donner une autorisation de transport si vous voulez acheter une cargaison de bois. » D’autres commerçants de bois au « Pont Mainty » confirment les dires de Rado. Mais la direction régionale du ministère de l’Environnement et du Développement Durable (DREDD) dans la région Atsinanana conteste ces propos. Le directeur régional, Tezena Lionel Armando explique : « Nous effectuons des contrôles réguliers. A ce jour, il n’est pas prouvé que le bois vendu à Toamasina provient spécifiquement de la forêt de Vohibola. Le bois précieux de Vohibola demeure interdit à l’exploitation et au transport. » Et pourtant, les trafics de bois existent bel et bien dans la forêt, les produits de ces exploitations illicites sont bien écoulées hors de la zone de Vohibola et des commerçants sont formels quant à la provenance de leurs marchandises !

Le marché des bois au “Pont Mainty”, à Toamasina. Septembre 2022. Copyright Ismaël Mihaja / Malina

La « main chanceuse » des trafiquants !

Des trafiquants sont régulièrement arrêtés, mais ils semblent toujours bénéficier d’une « main chanceuse ». « Nous attrapons les malfaiteurs, mais ces derniers nous sortent des autorisations venant d’untel ou d’untel, nous ignorons de qui il s’agit » avoue un patrouilleur. Paul Mahazoky, villageois d’Andranokoditra, confie amèrement : « Même le malfaiteur qui a fait le plus de ravage à Vohibola s’en est sorti ! Il a réussi à s’enfuir ! D’autres pilleurs ont aussi été attrapés. Certains ont été relâchés, d’autres sont partis. »

Les pilleurs appréhendés sont relaxés, soit au niveau des autorités locales, soit au tribunal de Toamasina. Une situation qui perturbe les villageois et alimente les soupçons « d’une possible connivence entre les exploitants illégaux et des complices au sein du tribunal », selon les propos récoltés auprès de ces paysans riverains de Vohibola.

Le cas de Lesabotsy interpelle particulièrement l’opinion publique. Lesabotsy a comparu devant le Tribunal de première instance de Brickaville en juillet 2022, suspecté d’avoir tué des lémuriens et abattu illégalement des arbres au cœur de la forêt de Vohibola, en novembre 2021. Il a été arrêté deux fois, puis remis en liberté deux fois, en avril 2022. L’audience, auprès du Tribunal de Brickaville a aussi été reporté à deux reprises. Le verdict a été prononcé en août 2022 : Lesabotsy est condamné à six mois de prison ferme et écope d’une amende de 2 millions d’Ariary. Un mandat d’arrêt a été émis à son encontre, car le condamné ne s’était pas présenté à l’audience. Il a fait appel de sa condamnation en première instance.

En juillet 2022, peu avant l’audience, la presse rapporte : « Fort du soutien des élus – dont des hautes personnalités du régime en place – et responsables locaux, celui-ci et ses acolytes se sont permis de proférer des menaces à l’endroit des membres de l’association (Razan’ny Vohibola – NDLR) »

Un patrouilleur assassiné

Le danger est permanent. Mika, ancien agent de patrouille de l’association Razan’ny Vohibola et quartier mobile d’Andranokoditra est décédé en juin 2022. Pour l’association, Mika a été assassiné « après avoir dénoncé la corruption et les agissements de certains élus locaux », faisant ainsi un lien clair entre l’action de protection de Vohibola et les représailles des malfaiteurs. Cette affaire a semé bien des remous au sein de la communauté : « La commune (d’Ambinaninoy NDLR) demande le retrait de la plainte pour meurtre de Mika à sa famille et soutient bec et ongles ses agresseurs présumés jusqu’à porter plainte contre sa famille pour destruction de case en falafa lors d’une confrontation villageoise suite au meurtre », relate l’association. A la suite de cette confrontation qui s’est soldée par la destruction d’une case en falafa et jusqu’à ce jour, six personnes, membres de la famille et amies de Mika, sont détenues à la prison de Toamasina.

Ces personnes auraient été visitées par des responsables locaux, qui auraient proféré des «menaces accompagnées d’une lettre d’engagement à signer et une demande d’un arrangement discret au sein même de la prison moyennant 1.000.000 Ariary par tête », en dédommagement de la case détruite, rapporte l’association.

Chez les riverains de l’aire protégée, on évoque la possible existence d’un réseau de trafiquants, dont les méfaits sont facilités par l’intervention d’autorités locales. A Ambinanony, les habitants soupçonnent ouvertement une implication de la mairesse, Nicole Rogation. Approchée par les journalistes, elle n’a pas souhaité donner sa version des faits et a refusé toute interview. Mais une lettre adressée au gouverneur de l’Atsinanana, du chef du district de Brickaville et du directeur régional de l’Environnement et du Développement Durable, en date du 30 mai 2022, illustre bien son point de vue. L’élue accuse les leaders de l’association Razan’ny Vohibola de manquer à leurs obligations de gestionnaires : « Depuis qu’ils ont assuré la gestion de l’aire protégée, la forêt a été progressivement détruite. Nous considérons les deux époux (Décampe NDLR) comme entièrement responsables de la destruction de cette forêt », écrit Nicole Rogation qui, dans sa lettre, sollicite une évaluation de la gestion de l’aire protégée et une enquête quant à la situation de la forêt de Vohibola.

Un « abonnement » au tribunal de Toamasina

« La poursuite des coupables se retourne contre les protecteurs de la forêt de Vohibola », commente Paul Mahazoky d’Andranokoditra. En effet, les membres de l’association subissent diverses poursuites, presque du harcèlement judiciaire : « On a un abonnement au tribunal de Toamasina » ironise Angélique Décampe, présidente de l’association. Malgré de multiples SOS lancés et l’interpellation des autorités locales et même nationales, les coupes continuent à Vohibola.

Chez les riverains de l’aire protégée, on évoque la possible existence d’un réseau de trafiquants, dont les méfaits sont facilités par l’intervention d’autorités locales. Par exemple, à Ambinanony, commune rattachée à Vohibola, des habitants soupçonnent ouvertement la mairesse, Nicole Rogation, d’être complice de ces actes d’exploitations illégales au détriment de Vohibola. Fanorolahy (1), doyen du fokontany d’Ambodiraotra, se veut le porte-parole des villageois : « Nous avons élu cette mairesse pour être notre dirigeante, pour qu’il y ait aussi une transparence dans la gestion et qu’on sache la vérité. Et pourtant, elle ne vient même pas nous visiter, voir si nous sommes toujours en vie ! » Approchée par les journalistes, la mairesse n’a pas souhaité donner sa version des faits et a refusé toute interview. Mais une lettre adressée au gouverneur de l’Atsinanana, au chef du district de Brickaville, au directeur régional de l’Environnement et du Développement Durable, en date du 30 mai 2022, illustre bien son point de vue. L’élue accuse les leaders de l’association Razan’ny Vohibola de manquer à leurs obligations de gestionnaires : « Depuis qu’ils ont assuré la gestion de l’aire protégée, la forêt a été progressivement détruite. Nous considérons les deux époux (Décampe NDLR) comme entièrement responsables de la destruction de cette forêt », écrit Nicole Rogation qui, dans sa lettre, sollicite une évaluation de la gestion de l’aire protégée et une enquête quant à la situation de la forêt de Vohibola.

Correspondance officielle émanant de la Commune Rurale d’Ambinanony, concernant la gestion du site de Vohibola.

Une commune sur les rotules !


On se pose également des questions sur la gestion des fonds récoltés au niveau du barrage économique de Vohibola, installé au fokontany de Topiana. Les bois transportés par ces embarcations ne proviennent théoriquement pas de Vohibola où la coupe et la vente de bois sont interdites, mais sont issus d’autres localités ouvertes à l’exploitation le long du canal de Pangalane. Pirogues et bateaux qui traversent la rivière à destination de Toamasina passent par ce barrage. Les gardiens installés à Topiana expliquent que le barrage économique rapporte en moyenne 100 000 Ariary chaque mois, gains répartis entre la commune et la région. Les taxes sont fixées à 100 Ariary par sacs de charbon et 50 Ariary par tronc de bois ordinaire coupé. Une dizaine de pirogues et de bateaux passent par le péage de Topiana tous les mois. L’adjoint au maire parle d’un gain mensuel de 600 000 Ariary sur le même barrage. Cependant, dans la mesure où chaque pirogue est capable de transporter une centaine de troncs et qu’au moins dix pirogues ou bateaux traversent Topiana tous les jours, un simple calcul nous permet d’évaluer les rentrées d’argent de ce barrage économique à plus de 3 millions Ariary mensuels, répartis entre les caisses de la commune d’Ambinanony et de la région. Nous n’avons pas eu d’explications tangibles quant à l’écart entre les 3 millions Ariary évalués et les 600.000 Ariary ou les 100.000 Ariary évoqués . « Or, il n’y a qu’une route pour la sortie du bois, et c’est par ce barrage » rapporte Angélique Décampe. La destination et l’usage des fonds ainsi récoltés ne sont pas clarifiés non plus.

Paysans d’Ambodiraotra, fokontany d’Ambinanony rattaché à Vohibola. Septembre 2022. Copyright Ismaël Mihaja / Malina

A l’image de cette situation dramatique, les fokontany de la commune d’Ambinanony ne profitent pas spécialement de l’existence de cette aire protégée. Dans les fokontany de Topiana et d’Ambodiraotra, où vivent quelques 1 500 habitants, il n’existe ni école, ni hôpital. Les élèves doivent marcher plusieurs kilomètres pour rejoindre la plus proche école située dans un autre fokontany, tandis que les patients doivent faire 12 km pour se faire soigner au centre de santé le plus proche. Des vies se perdent en cours de route !

Mésentente dans la co-gestion de la forêt

La cogestion de Vohibola est aussi un écueil dans la protection de cette forêt de l’Est. Si Razan’ny Vohibola, co-gestionnaire du site avec la DREDD d’Atsinanana, accuse les autorités locales de magnanimité et de soutien envers les trafiquants, l’association est à son tour critiquée, pour son manque de ressources nécessaires à l’administration efficace de l’aire protégée. Les désaccords sont connus des uns et des autres : « La mésentente entre l’association et les autorités locales n’est pas récente et ne date pas de notre mandat. Ceci était déjà en cours pendant le mandat du maire précédent », explique Volahy Gervais, premier adjoint au maire d’Ambinanony.

Si la situation est aussi épineuse, c’est parce que Vohibola a déjà fait les frais d’une mauvaise gestion auparavant. Le gestionnaire qui a précédé Razan’ny Vohibola n’aurait pas respecté l’obligation de redevabilité auprès de l’État et un détournement de fonds a été dénoncé. Quant à Razan’ny Vohibola, elle reprend l’administration du site avec des moyens limités qui, pour la DREDD d’Atsinanana, est le nœud gordien de la situation calamiteuse de Vohibola : « L’association a assuré la co-gestion depuis 2016, avec l’appui de l’ancien maire d’Ambinanony et des sages Tangalamena de quatre fonkotany aux alentours. C’est l’association Madatreck qui a financé le travail. Or, dès qu’il y a eu un financement, les leaders de Razan’ny Vohibola ont écarté les anciens membres de l’association. Les époux (Décampe NDLR) président eux-mêmes l’association et en gèrent les caisses. (…). Les patrouilleurs ne reçoivent pas leurs salaires, si bien que la forêt n’est pas surveillée. Ils n’ont pas effectué leurs engagements sociaux et économiques comme la mise à disposition d’alambics pour la population, ou bien le démarrage du projet de pisciculture ». Ce sont, du point de vue du ministère de tutelle, autant d’insuffisances de moyens techniques, financiers et de ressources humaines, qui ont des impacts significatifs sur la qualité de la conservation du site. La DREDD dit d’ailleurs effectuer régulièrement des descentes au sein de Vohibola, à l’origine de l’arraisonnement et l’interception de bateaux sans papiers.

En attendant que les dissensions se résolvent et que la forêt Vohibola obtienne la protection qu’elle mérite contre les pillages, les incendies, les braconnages et les coupes illégales qui sévissent depuis au moins une décennie, la biodiversité est en souffrance. Cette forêt pillée est l’habitat d’espèces rares comme la plus petite grenouille du monde, Stumpffia pygmaea, minuscule batracien de moins d’un centimètre et le Brookesia minima, le troisième plus petit caméléon au monde, qui mesure moins de 4 cm, pour ne citer que ces espèces. Le Brookesia minima est classé en danger d’extinction par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

Le Brookesia Micra Juvénile, Copyright Glaw et Al. 2012, Plos One. https://bit.ly/3Ec5Ffq

La forêt de Vohibola abrite plusieurs plantes et arbres endémiques dont le fameux Humbertiodendron saboureaui ou fandrianakanga de son nom vernaculaire, qui n’existe qu’à Madagascar. Les chercheurs estiment qu’il ne resterait qu’une trentaine de spécimens dans le monde. Le fandriakanga est ciblé par les pilleurs car ce bois est idéal pour la construction et secrète une résine abondante qui est utilisée pour calfater les bateaux. En novembre 2022, en pleine semaine de la CoP27, deux nouveaux incendies sont déclarés à Vohibola.

Le tableau est sombre pour Vohibola. Les trafiquants semblent bénéficier d’une protection en haut lieu, leur donnant assez confiance pour oser intimider, menacer et faire pression sur les paysans riverains de la forêt. Corruption, complicités et implications de personnalités de pouvoir ne sont pas à exclure car ces exactions perdurent depuis trop longtemps au vu et au su de tous. Tant et si bien que les soupçons des paysans, derniers gardiens de la forêt, quant à l’existence d’une mafia locale du bois paraît plausible.

A quand un coup de pied dans la ruche des trafiquants ? A quand une justice qui protège la forêt, ses habitants et les lanceurs d’alerte ?

(1) : Nom d’emprunt

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