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Valifofo : mariage forcé dans le Sud

Quatre millions de filles ont été mariées avant leurs 18 ans en Afrique. De récentes statistiques évoquent même qu’une fille sur trois est victime de ce fléau sur le continent. Le mariage précoce est souvent associé aux traditions qui se perpétuent, mais également à la pauvreté et au manque d'éducation.

Sur un échantillon de 3158 femmes âgées de 20 à 24 ans, 40,3 % soit 1273 femmes se sont mariées avant leurs 18 ans. 401 soit 12,7 % d’entre elles ont été mariées avant leur quinzième anniversaire. Ces chiffres sont corroborés par le rapport du recensement général de la population (RGPH3) de 2018.

Le mariage précoce diffère selon le niveau d’instruction, et également du milieu de résidence. Habiter dans le milieu rural ou urbain impacte également sur la vie des jeunes filles. La plupart des cas de femmes âgées de 20 à 24 ans et qui se sont mariées avant 18 ans résident dans le milieu rural de cette partie du Sud.

Dans cette comparaison, il est démontré que l’indice de bien être économique de la famille est un facteur qui oblige les parents à marier les enfants avant l’âge de 18 ans. Il est démontré que la situation de précarité économique de la famille, traduite par l’indice de bien-être économique faible, est un facteur qui oblige les parents à marier les enfants avant l’âge de 18 ans. Les femmes les plus pauvres sont les plus touchées par le mariage précoce.

Madagascar n’est pas épargné même si une loi promulguée en 2007 interdit le mariage des enfants avant 18 ans. La Grande Ile est même classée comme étant un Etat parmi les pays d’Afrique dont le taux de mariage précoce est le plus élevé selon Unicef. Et même si à Madagascar, on dit toujours que personne n’est au- dessus de la loi, le “Valifofo” ou le mariage forcé des enfants est une pratique très courante dans le Sud de l’île, un exemple concret où les mœurs surpassent la loi. En 2018, le fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) a sorti des données sur l’Enfance à Madagascar (MICS 6) . 14 pages ont été consacrées spécifiquement au mariage précoce. Les chiffres sont effarants. Ce rapport indique que plus de 450 000 filles de 12 à 19 ans sont mariées. Plus de 21000 d’entre-elles sont âgées de 12 à 14 ans. Ce même rapport fait savoir que l’âge moyen du premier mariage des filles malgaches est de 15,9 ans.

Business florissant

Les 22 régions de Madagascar pratiquent toutes le mariage précoce. Les noms varient en fonction des tribus. Valifofo et le Tsenan’ampela pour le foko Bara dans le Sud, Moletry pour les Tsimihety au nord-ouest de Madagascar. Les informations ont permis de savoir que la pauvreté est la cause principale du mariage précoce à Madagascar. C’est d’ailleurs devenu un business florissant pour les parents ayant des filles car leurs parents les troquent contre des zébus. Des petites filles sont forcées d’épouser des hommes souvent appelés « patron-na omby » ou des hommes riches et propriétaires de cheptel pour combler le paupérisme des parents. Les petites filles n’ont pas de choix sauf d’accepter et d’être à la merci des hommes, au risque d’être reniées par leurs parents.

D’autres tribus cautionnent le mariage précoce afin de préserver les liens du sang ou encore de perpétuer les relations de serment entre ce qu’on appelle les « mpifati-drà », des personnes qui n’ont aucun lien parental mais qui scellent leur union en échangeant leur sang par une petite incision de la poignée. Selon l’UNFPA, le mariage des enfants est resté très courant, en particulier dans les zones rurales et dans le sud. Dans le district de Sakaraha, lieu de notre investigation par exemple, des bébés filles sont réservées par des hommes avant même leurs naissances.

Sakaraha : une ville tanière

Nous sommes à Sakaraha, une commune urbaine du Sud-Ouest de Madagascar. Cette commune de plus de 39.000 habitants regroupe toutes les 18 ethnies de la Grande île. Dominée par une population féminine, Sakaraha abrite une communauté victime du Valifofo.

Beraketa, un des 23 fokontany composant la commune urbaine de Sakaraha est assez singulière. Cette localité abrite plusieurs jeunes filles et jeunes garçons victimes de cette pratique. Elle est en quelque sorte devenue un refuge pour les jeunes en détresse familiale. Des filles à peine âgées de 15 et 16 ans ont fui leur lieu de résidence au fin fond de la campagne pour s’y réfugier. Elles sont hébergées par des parents lointains consternés par leur cas. Certaines d’entre-elles poursuivront leurs études et n’envisagent plus de retourner chez elles. D’autres termineront leurs études primaires et rejoindront leurs maris.

Fanja et Esther (noms d’emprunt), respectivement âgées de 15 et 16 ans, font partie du lot. L’une est en classe de 5ème, l’autre termine son premier cycle et prépare son brevet d’études du premier cycle (BEPC). Fanja a été forcée de se marier à un homme contre 80 zébus. « J’ai dû accepter cette union car j’ai besoin de la bénédiction de mes parents, bien que ce mariage forcé ne m’apportera que du chagrin », révèle cette jeune fille. Mais plus tard, elle a réussi à convaincre sa tante de l’accueillir afin qu’elle puisse poursuivre ses études.

Quant à Esther, elle a carrément refusé d’être liée à un homme que ses parents et son entourage ont élu pour elle. « Je ne veux pas me marier avec un homme que je ne connais pas et que je n’ai jamais vu. Je projette évidemment de me marier plus tard, après mes études, avec l’élu de mon cœur », soutient Esther. Elle a décidé donc de partir de chez ses parents à Miariteheza pour aller habiter à Beraketa où elle est prise sous les ailes d’une femme bienveillante, touchée par son sort.

Mais le mariage forcé des enfants touche également les hommes. Selon encore le MICS6 de l’Unicef publié en 2018, 199 hommes âgés de 15 à 49 ans soit 2,6 % sur les 7623 enquêtés se sont mariés avant leur quinzième année. Sur 5689 hommes de 20 à 49 ans, 12% soit 683 sont entrés en union avant leur dix-huitième année. Un bilan encore lourd à notre époque.

Des garçons désavoués

L’histoire poignante de deux jeunes hommes, Daniela 20 ans et Tody 21 ans, eux aussi ayant fui leur foyer, illustre cette triste réalité. Tody a 21 ans, il fait partie d’une fratrie de 12 personnes, huit hommes et quatre femmes. Son père et le meilleur ami de celui-ci ont décidé de prolonger leur affiliation. “Pour ce faire, mes parents ont décidé de réserver le bébé encore dans le ventre de la femme de son frère de serment ou fati-drà. Ils se sont convenus qu’elle serait ma future femme si c’est une fille », raconte Tody. Il avait cinq ans lorsque le bébé est né, et c’était une fille. A 12 ans, on lui a présenté officiellement son épouse, Anita, âgée de 7 ans. A 16 ans, durant les préparatifs du mariage, Tody a revendiqué son droit et a refusé de se marier. « J’ai signifié clairement à mon père que je voulais poursuivre mes études car j’envisage de devenir gendarme ou militaire. Je lui ai également révélé que j’aimais une autre fille. Mon père a catégoriquement contesté mon choix et m’a renié. Il n’avait pas envie de rendre les bœufs que mes présumés « beaux-parents » lui ont offerts. Il s’est disputé avec ces derniers et a rompu leur lien. Parallèlement, il m’a chassé et je suis venu m’établir à Besavoa, commune urbaine de Sakaraha », témoigne Tody, coupant définitivement ses liens parentaux. Diplôme de baccalauréat en poche, Tody a arrêté ses études. Lors de notre rencontre, Tody a également abandonné l’idée de devenir gendarme ou militaire, communément dénommés « vazaha » à Sakaraha. “Cela me coûte beaucoup trop d’argent“, regrette-t-il. Selon des révélations, une simple inscription au concours d’entrée à la gendarmerie nécessite des millions d’Ariary.

Il revend actuellement du « toaka gasy », rhum de fabrication locale à base de cannes à sucre, produit encore prohibé à Madagascar. « C’est une affaire rentable mais qui n’est malheureusement pas encore autorisée dans notre secteur. Souvent, je fais face à beaucoup de difficultés. J’ai été déjà arrêté à plusieurs reprises par les gendarmes. Mes marchandises ont été confisquées et j’ai perdu mon capital et mes bénéfices, et plus encore de payer les amendes. Je dois repartir à zéro mais c’est la vie. Je dois survivre ! », poursuit-il. Tody espère un jour se marier avec l’élue de son cœur. Il jure de ne jamais faire subir ce qu’il a enduré à ses enfants. Il rêve que ses progénitures deviennent magistrats pour rendre justice sur cette terre.

L’histoire de Daniela (à gauche) et Tody (à droite) illustrent la pratique du Valifofo

Le récit de la vie de Daniela âgé de 20 ans, est tout aussi écœurant. Ce dernier est victime d’un accord entre son père et son frère de serment ou « fati-drà ». Lui avait 12 ans, en classe de 4ème et elle avait 8 ans, quand ils ont commencé à habiter ensemble en tant que couple. « Mon père m’a intimé d’arrêter mes études et de me consacrer pleinement à ma petite femme. J’ai accepté à contrecœur pour ne pas le froisser. On n’était pas conscient de ce que les grandes personnes attendaient de nous. On nous a dit que nous étions mari et femme mais on ne savait pas exactement ce qu’on devait faire pour cela », relate Daniela. A 15 ans, il en avait marre de vivre ce qu’il considère comme un enfer. Il a décidé de jouer la carte de la transparence et a engagé la discussion avec son père. « Je lui ai dit que je ne voulais plus continuer cette vie. Je l’ai convaincu de parler avec l’autre famille, ce qu’il a fait. Cette décision a entraîné une rupture des liens entre les deux familles. Mon père a accepté mon choix mais a tout de même refusé de payer mes études », poursuit Daniela. Il a quitté sa famille pour habiter dans le village de Besavoa toujours dans la commune de Sakaraha. Daniela n’a même pas son brevet d’études de premier cycle (BEPC) étant donné qu’il a arrêté ses études en 4ème. Il a entendu dire que son ex-femme a été promise de nouveau en valifofo à un autre homme. A l’époque de notre entretien, notre interlocuteur était en quête d’un travail stable et lucratif. Actuellement, il est rabatteur ou intermédiaire pour les coopératives de transports en commun, régionaux ou nationaux.

Mariage contre scolarisation

De gauche à droite : le père, le mari âgé de 36 ans et l’épouse, âgée de 12 ans.

Andalamengoka est un fokontany situé à 14 Km de Sakaraha. C’est dans cette petite localité que vivent E. et ses parents. E. a 12 ans. A son âge, cette petite fille devrait encore jouir de ses droits d’enfant. Mais ses parents en ont décidé autrement. E. est mariée selon les us Antandroy. Son mari, Mandela 36 ans, est déjà père de famille de trois enfants de 4 ans, 7 ans et de 9 ans. Mandela s’est déjà marié deux fois. E. est sa troisième femme. Ce mariage est un arrangement entre le père de E. et son gendre. Comme dot, le père de E. a reçu un bœuf et une promesse de scolarisation de la petite fille. Si Mandela veut quitter le cocon familial un jour, il sera libre de partir.

Au moment de l’enquête, E. était en classe de 8ème à l’Ecole primaire publique (EPP) Andalamengoka. Son enseignant se souvient très bien d’elle, même si son mari et son père ont déclaré qu’elle était en 6ème. E. est une fille studieuse mais elle est malheureusement accaparée par ses besoins familiaux. Son enseignant n’est pas au courant de son engagement précoce. Ce dernier craint qu’elle ne puisse pas finir ses études comme le sont la plupart des filles qui vivent la même situation qu’elle.

Le directeur de l’école primaire où étudie E. déplore l’abandon scolaire des jeunes filles.
Tous les établissements scolaires au sein de la circonscription scolaire de Sakaraha endurent ce phénomène d’abandon scolaire. Il est même en hausse depuis quelques années.
Cette hausse du taux d’abandon scolaire des filles dans la circonscription scolaire de Sakaraha est engendrée par plusieurs facteurs : l’absence de cycle complet; 72% se termine en 9ème. Sept fokontany sur vingt-trois disposent d’une EPP à cycle complet c’est à dire jusqu’en classe de 7ème. Les élèves sont également démotivées par la vétusté des infrastructures scolaires. Le manque de personnel enseignant qualifié mais surtout la pauvreté des parents sont également les autres causes de cet abandon scolaire. La plupart des parents choisissent de marier précocement leurs petites filles aux hommes du village ayant une situation stable.

Une salle de classe dans le village d’Angalameloka, Sakaraha.

Le mariage des enfants favorise la recrudescence de la grossesse précoce à Sakaraha. L’âge minimum de filles concernées est de 12 ans. La majorité de ces jeunes femmes ne sont pas mariées civilement.

Source: Commune Rurale de Sakaraha

Le maire de la commune urbaine de Sakaraha affirme que le nombre des couples qui choisissent d’officialiser leur union à la mairie est nettement en baisse ces deux dernières années. Selon les statistiques auprès de la mairie, 33 couples ont décidé de sceller leur union civilement, en 2020. Pour 2021, neuf couples seulement ont officié leur mariage, durant le premier semestre. La projection de la mairie étant de 200 mariages par an. Aucun mariage de couple enfant n’a été enregistré. Le maire évoque plusieurs raisons de cette baisse du mariage civil. Selon lui, les couples choisissent de ne pas s’engager afin de pouvoir se quitter librement.

Bezaha

Nous sommes toujours dans la région du Sud-Ouest à Bezaha, commune rurale du district de Betioky Sud. Bezaha est une ville à vocation agricole avec ses trente-quatre fokontany, on y trouve toutes les infrastructures nécessaires: un hôpital, un poste de gendarmerie, des écoles, une agence de l’eau et de l’électricité, des écoles. Ici, être mariés avant l’âge de 18 ans, pour deux jeunes gens d’une même ethnie, n’est pas inaccoutumé. Fonder une famille dès l’âge 12 ans est une tradition qui se perpétue de génération en génération.

La commune rurale de Bezaha, district de Betioky (2021)

Cette région habitée par les Antanosy n’est pas épargnée par le Valifofo, l’évolution de la région n’a pas pu anéantir la tradition. Cependant, ce développement n’empêche aucunement une conservation rigide des us et coutumes. Voir des enfants se marier vers 12, 13 ou 14 ans à Bezaha n’est pas insolite. Objectif? Faire en sorte que la lignée et la richesse restent dans le giron familial. C’est dans cette optique également que la pratique du mariage d’enfants de familles proches est née dans la tribu Antanosy. « C’est une coutume héritée de nos ancêtres », explique un père de famille. Mais même si cette union résulte d’un consentement entre les deux familles, elle affecte la vie des jeunes filles.

A Bezaha, la pratique du Valifofo se fait discret face à la mise en place du Réseau pour la Protection des Enfants (RPE) financée par Unicef Madagascar depuis 2016. Les membres du RPE dont le maire, la gendarmerie, les enseignants sont mobilisés pour condamner les pratiquants de ce mariage précoce. Même si « le mariage des enfants de manière traditionnelle est monnaie courante dans la société. Une fille de bas âge est déjà en couple avec un homme de sa génération ou un homme plus âgé qu’elle » dénonce l’adjoint au maire de Bezaha, Carlas Razafimandimby. Une jeune fille sous couvert d’anonymat assistée par sa mère a témoigné du premier jour où elle est entrée dans son foyer conjugal. A l’âge de 12 ans, sa mère a accordé sa main à un jeune garçon. Elle ne savait presque rien sur ce qu’est la vie d’un couple. Mais elle n’avait pas le choix que celui de rejoindre son mari chez lui. Son consentement sur ce mariage précoce n’a pas été considéré par sa mère puisqu’il s’agit d’un mariage forcé. Elle a été contrainte de quitter le foyer d’origine. « Depuis son union avec son mari, elle est rentrée chez nous quatre fois arguant qu’elle ne s’habituait pas à la vie de couple » raconte sa mère. La jeune fille est tombée enceinte quand elle avait 14 ans, mais elle a perdu son bébé à l’accouchement. Aujourd’hui âgée de 16 ans, elle n’a jamais réussi à avoir d’enfant après ce premier échec.

La négociation sur l’union du futur époux vient de l’initiative des parents. Ces derniers acceptent que les enfants fondent une famille, une fois que la fille est en âge de procréer. L’union est précédée du « fomba » ou d’un rite traditionnel selon la coutume Antanosy. La famille tue un zébu pour confirmer les relations. Elle donne la bénédiction au futur époux à travers le sang du zébu et fait les vœux d’avoir beaucoup d’enfants et une vie meilleure.
Ce rite rompt le lien de parenté existant entre les enfants de la même lignée. Les enfants sont considérés comme des amoureux et sont par la suite autorisés à se marier. Aucune rupture des relations ne sera, toutefois, prononcée que par l’accord des deux parents au cas où il aura une contestation de l’union. Un père de famille Antanosy ayant requiert l’anonymat a reconnu que « l’union n’est pas le fruit du véritable amour concerté par le couple. Elle est simplement née de l’accord entre des parents du mari et de la femme. Deux personnes de différentes familles qui se marient. Il arrive bien souvent que leur couple ne dure pas. Dans ce cas, le zébu offert en dot ne sera pas restitué ». Cette relation n’affecte pas les relations entre les parents respectifs. Le couple est ensuite libre d’établir une nouvelle union de leur choix.

La plupart des hommes Antanosy se sont mariés suivant une pratique du Valifofo ou Valy Mitroky selon le dialecte local. De coutume en coutume, les enfants emboîtent le pas de leurs aînés. « Nous avons accouché cinq garçons et une fille. Mon fils ainé s’est marié également par cette tradition. Et si quelqu’un demande à marier mes enfants par le biais du Valy mitroky, je l’accepterai volontiers», confirme ce père de famille.

A Bezaha, la population est fière de cette tradition et fait en sorte qu’elle se perpétue.
Tsianiria, une mère de famille de 75 ans, a témoigné de la manière dont ses parents l’ont marié avec un jeune homme de 15 ans alors qu’elle n’en avait que 11 ans. « J’ai habité chez mes beaux parents après mon mariage. Mon mari et moi n’avions pas encore eu de relations sexuelles que deux ans après mon arrivée chez lui, c’est-à-dire quand j’avais 13 ans. J’ai eu ma première grossesse et a accouché de mon premier enfant à 14 ans. Nous avons eu quinze enfants dont neuf garçons et six filles. Mais, malheureusement, cinq d’entre eux sont décédés », témoigne-t-elle.

Tsianiria n’a pas expliqué la cause de la mort de ses cinq enfants. Sur le plan culturel, la mort est considérée comme un phénomène naturel. A travers le rite effectué avant l’union du couple d’une même ascendance, la famille croit que le sang du zébu versé sur les époux efface le lien de parenté. Sur le plan scientifique par contre, le médecin généraliste Joseph Randrianasolo avance que « l’enfant conçu à l’issu du mariage des parents d’un même lien de sang pourrait aboutir à une complication dès la grossesse de la mère. C’est pourquoi les relations incestueuses ne sont pas conseillées. L’avortement, un enfant mort-né tels en sont les impacts médicaux inévitables».

Même si Bezaha est doté d’une infrastructure sanitaire moderne, son taux de fréquentation reste néanmoins très faible, surtout pour les accouchements. Parmi les causes principales, les mœurs. « La plus jeune fille recensée pour avoir accoucher son premier enfant avait 12 ans. C’était en 2019 qu’elle a été emmenée par sa famille ici. Elle a réussi à donner naissance à son enfant sans aucune intervention chirurgicale » explique la sage-femme de l’hôpital de Bezaha, Fanja Misandy Solondrafara.


Dans la région Antanosy, les filles sont sacrées. Elles assurent la lignée de famille. C’est pourquoi l’arrangement des relations des enfants relève d’une affaire parentale. « La majorité des habitants de Bezaha pratique le Valifofo. Il y a des filles qui sont même mariées même dès l’âge de 10 ans. La plupart d’entre-elles n’ont pas encore leur menstruation. Puis, elles accouchent à 12 ans. Ensuite, dès sa naissance, le bébé-fille sera déjà réservée et promise à un fils d’une autre famille. Et ainsi de suite. C’est ainsi que se perpétue cette tradition», raconte la sage-femme, Fanja Misandy Solondrafara.

La loi est muette

Le RPE n’a pas freiné cette pratique. Fort heureusement, les adeptes de ces us sont devenus très discrets. De ce fait, les naissances issues de ces mariages précoces et coutumiers ne sont déclarées civilement qu’après 5 à 10 ans de l’union, ayant des conséquences sur les statistiques de l’état civil de la mairie. Les femmes enceintes n’accouchent dans les hôpitaux qu’en cas de complications. Les familles font généralement appel aux matrones.

La loi, promulguée en 2007, interdit le mariage des mineures de moins de 18 ans, sauf cas exceptionnels ou sur décision du tribunal. L’article 10 de la loi 2014-040 concernant le mariage forcé stipule que “le fait de forcer quelqu’un à conclure un mariage, en ayant recours à la violence, à la privation de liberté, à des pressions ou en ayant un autre comportement illicite ou en menaçant d’avoir un tel comportement constitue une infraction passible d’une peine d’emprisonnement de 6 mois à 2 ans et d’une amende de 500.000 à 2.000.000 Ar ou de l’une de ces deux peines”.

Au moment de cette investigation, les données et statistiques ou encore les informations sur des plaintes ou encore des cas des mariages précoces n’existent pas au sein du Tribunal de Première Instance de Toliara. Ce mariage coutumier continue de sévir et apparemment les autorités ferment les yeux face à cette transgression. Interrogée, la cheffe de division auprès de la Police des Moeurs et de la Protection des Mineurs (PMPM) à Toliara France Olga Rajaonarivo a indiqué qu’elle n’a jamais traité des cas de mariages forcés au sein de service. Aucune plainte ne lui est parvenue.

Le procureur du Tribunal de première instance à Toliara, Sylvestre José Mathias Ramaromihisa a confirmé cette déclaration. Les mariages précoces ne figurent pas parmi les priorités de sa juridiction. Ils ont été ordonnés de traiter les affaires de détournement de mineurs et de viols sur les mineures qui font rage à Toliara.

Le pourcentage d’enfants mariés a augmenté environ de 10 % en cinq ans. Il était de 39 % en 2004 contre 48 % en 2009 », selon le FNUAP. Un rapport de l’ONU démontre que « 767 000 jeunes filles nées entre 2005 et 2010 seront mariées ou en union avant leur 18ème année d’ici 2030 », si cette pratique se poursuit. Pour y remédier, les sensibilisations devront être intensifiées. Les lois contre cette pratique doivent être appliquées à la lettre.


Investigation réalisée par Nadia Raonimanalina, Elise Nandrasanela et Perle Ratsimbazafy, en collaboration avec www.malagasynews.com et Radio Tsiry. Initiative soutenue par Medialab Pour Elles, un projet CFI- Agence française de développement médias sous l'égide du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères.
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