Environnement

Montagne d’Ambre : comment la dégradation du parc national est en train d’assécher Antsiranana

Malina Admin . Administrateur
Publiée le 1/5/2026
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Vivre au pied de la montagne d’Ambre sans une goutte d’eau au robinet. Acheter un bidon d’eau à 500 Ariary et se lever au milieu de la nuit pour refaire les stocks d’eau du foyer font désormais partis du quotidien des habitants de Antsiranana I. Plusieurs facteurs concourent à cette pénurie mais la dégradation de la forêt de la Montagne d’Ambre, unique source d’alimentation en eau de la ville de Diégo, figure parmi les raisons principales. Pourtant, Comment ce parc national censé sécuriser l’eau est-elle fragilisée ?

 

« Je suis obligée de me réveiller à 3 heure du matin tous les jours pour remplir les jerricanes de mon foyer », témoigne une mère de famille habitante du quartier de Lazaret Nord. « A cause de la coupure, je dois sacrifier mon sommeil et effectuer les tâches ménagères diurnes dans la nuit » déplore-t-elle. Selon ses dires, le robinet reste sec dans la journée et le quartier n’a droit qu’à 5 heures d’eau courante chaque nuit de 22 heure à 04 heure du matin et ce problème dure depuis deux ans. Même scénario du côté de Lazaret Sud et d’Ambalavola, où les habitants ne bénéficie d’eau que de 22 heure du soir à 02 heure du matin tous les trois jours. Et la coupure peut même s’étaler sur plusieurs jours.  Le problème affecte aussi le quotidien des employés. Un employé au sein d’une station de télévision locale qui sis à Ambohimitsino témoigne : « Depuis 5 ans, l’eau ne revient qu’une fois par semaine dans nos locaux, obligeant les employés à acheter de l’eau pour les questions sanitaires ».  Dans le quartier de Scama, le problème avait d’abord débuté par l’insuffisance de la distribution puis progressivement par une pénurie totale depuis 2023. Pour que le quartier puisse bénéficier d’eau, la coupure tournante dans les autres quartiers est nécessaire.

 

La forêt de la Montagne d’Ambre constitue l’unique source d’alimentation en eau de la ville de Antsiranana. Elle possède un rôle écosystémique fondamental dans le système d’approvisionnement en eau de la ville.

 

La Montagne d’Ambre, le château d’eau de Antsiranana I

La Montagne d’Ambre, parc national protégé, forêt écologique et réserve naturelle du Nord de Madagascar est le principal système hydrologique fournissant l’eau potable à la ville de Antsiranana. La Montagne d’Ambre est classée dans la catégorie II dénommée « parc national » dans le classement de Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Selon la définition de l’UICN, dans l’ouvrage « Lignes directrices pour les catégories de gestion des aires protégées », un parc national est une zone naturelle, terrestre et/ou marine, désignée pour protéger l’intégrité écologique dans un ou plusieurs écosystèmes dans l’intérêt des générations actuelles et futures, pour exclure toute exploitation ou occupation incompatible avec les objectifs de la désignation et  pour offrir des possibilités de visite, à des fins spirituelles, scientifiques, éducatives, récréatives et touristiques, dans le respect du milieu naturel et de la culture des communautés locales.

Le même document spécifie des objectifs de gestion comme l’élimination et la prévention de toute forme d’exploitation ou d’occupation incompatible avec les objectifs de gestion principaux (comme la préservation des espèces et de la diversité génétique ou encore le maintien des fonctions écologiques), ou encore le garanti du respect des éléments écologiques, géomorphologiques, sacrés ou esthétiques. Il y est aussi mentionné qu’il faut tenir compte des besoins des populations autochtones, y compris l’utilisation des ressources à des fins de subsistance, dans la mesure où ceux-ci n’ont aucune incidence négative sur les autres objectifs de gestion.  Selon les explications d’Emerentienne Mametsa, la Directrice de Madagascar National Park (MNP) de Antsiranana, le parc possède deux écosystèmes : La première, aquatique est composée par 5 lacs de cratère ; la seconde est composée par une forêt dense humide. Cet écosystème alimente un réseau hydrographique dense où prennent source 25 principaux cours d’eau dont le bassin versant de Besokatra. Besokatra constitue aussi le barrage hydraulique de la JIRAMA et constitue donc la principale source d’approvisionnement en eau de la ville de Antsiranana.  

 

Une source vitale sous pression : quand la forêt ne suffit plus à alimenter Diego

Selon les techniciens auprès du Triage de l’Environnement et des Forêts (TEF), le bois, par extension, la forêt, constitue la principale source de revenus de la majorité des riverains d’Anivorano Nord d’autant plus qu’Anivorano Nord est la capitale de l’atelier bois dans la région DIANA (Diego I et II, Ambilobe, Nosy-Be et Ambanja) et fournit les grandes villes comme Nosy-Be allant même jusqu’à la région SAVA (Sambava, Antalaha, Vohemar et Andapa). La ville compte actuellement 42 ateliers bois. Une situation qui explique en grande partie les pressions subit par le parc de Montagne d’Ambre (coupe sélective). Selon leur estimation, en moyenne 25 arbres issus du parc de la Montagne d’Ambre du côté d’Anivorano, sont abattus par jour. Leurs calculs se basent sur le nombre d’arrestations journaliers de transporteurs de bois effectués par les agents du TEF. En moyenne, 5 chars transportent 5 blocages de bois par jour. Les quatre dernières années, le TEF a saisi près de 800 blocs de bois tous issus de la forêt de la Montagne d’Ambre. Des chiffres confirmés par le Président des menuisiers d’Anivorano. Selon ses dires, un menuisier commanderait en moyenne un blocage de 5 bois par jour mais ce chiffre peut varier selon les besoins. Par ailleurs, il a souligné que tous les bois utilisés par les ateliers de menuiseries d’Anivorano proviennent tous du parc national de la Montagne d’Ambre : « tous les bois que vous voyez ici à Anivorano viennent des aires protégées d’Analamerana, d’Analamahitsy Ankarana et de Montagne d’Ambre. Nous n’avons pas d’autres provenances des blocages des bois que de ces parcs protégés. » Pourtant, la coupe sélective a entrainé la disparition de certaine espèce d’arbres comme le palissandre au sein du parc d’Anivorano selon toujours les techniciens du TEF. Par ailleurs, la collecte du poivre sauvage (Tsiperifery), dont le prix avoisine les 70.000 à 80.000 Ariary sur le marché local, contribue aussi à la hausse de la coupe.

 

La Montagne d’Ambre est aussi victime de défrichement. Selon la Directrice de la MNP, 24 ha de forêt ont été défrichées en 2025 soulignant une nette augmentation par rapport à 2024 qui était de 15 ha. Selon les techniciens de la TEF, le défrichement et le feu sont causés par la pratique de la culture sous-bois. Les plantations concernent le café, la banane ou encore le « kath ».

Selon la Directrice de la MNP, les trois secteurs composant le parc de la Montagne d’Ambre sont tous concernés par les pressions. Au nord : Joffreville comprenant les localités de Sakaramy, de Mahavanona et d’Anketraka ; à l’ouest comprenant les localités de Mangoko, d’Andranofanjava ; et au Sud comprenant Anivorano et Bobakalandy. Les rapports d’activités en ligne de la MNP pour la période 2020 –2023 indiquent que la dégradation de la forêt (cela inclut le total de la déforestation et de la surface brûlée en ha), sur la dernière décennie, se distingue par une évolution fluctuante. En effet, de 2016 à 2020, l’ensemble de la surface dégradée était de 27,08 ha. De 2021 à 2024, ce chiffre était passé à 2659,8 ha. Et en 2025, selon les statistiques fournies par la Directrice de la MNP, 27 ha de forêts ont péri suite à la déforestation et au feu.

Des photographies montrant des parcelles forestières dégradées, au sein du parc national de la Montagne d’Ambre, prises par des lanceurs d’alertes en 2026, ont permis aux journalistes de Malina de retracer par photographie satellite une surface altérée de près de 15 ha sur l’axe du circuit touristique de la Grande Cascade, l’un des parcours les plus fréquentés du parc. La descente sur les lieux, effectuée par les journalistes de Malina a permis de confirmer l’existence de coupes illégales et d’arbres calcinées pour la fabrication de charbon de bois.

 

L’imagerie satellite confortée par la descente sur terrain a aussi permis de confirmer la plantation de kath en amont de la rivière Besokatra. Pourtant, selon les explications apportées par un technicien au sein de la JIRAMA de Antsiranana, la plantation de kath sur cette partie perturbe la chaîne d’adduction d’eau de la rivière Besokatra car pour arroser leurs plantations, les planteurs de kath créés près de 6 canaux créant des déviations illicites auprès des barrages. Une étude menée par une association d’enseignants et de chercheurs de l’Univer­sité d’Antsiranana dénommée AMAET ou Agronomie, Mé­téorologie Appliquée, Eau et Territoire a mené une étude intitulée « étude hydrogéologique de l’unité hydrologique du haut de la rivière Besokatra » conforte ces explications en avançant que le problème de l’approvisionnement en eau de la ville de Diégo est lié à une exploitation agricole de kath non maîtrisée entraînant le détournement illicite d’une partie de la ressource en eau de la rivière diminuant  considérablement la disponibilité en eau pour les services d’approvisionnement en eau potable de la ville de Antsiranana, même hors période d’étiage.

 

Les techniciens de la JIRAMA et de la TEF sont unanimes sur l’impact de la dégradation de la forêt de la Montagne d’Ambre sur l’approvisionnement en eau de la ville de Antsiranana car le système d’adduction en eau de la ville dépend fortement de l’écosystème de la Montagne d’Ambre. Ainsi, la baisse de l’alimentation en eau à l’origine des perturbations au sein de la ville s’explique en partie par la dégradation de la Montagne d’Ambre. Seulement, la vétusté des infrastructures auprès de la JIRAMA tout comme le changement climatique y jouent aussi un rôle.

Selon le technicien de la JIRAMA, les infrastructures de la JIRAMA de Antsiranana datent, pour la plupart, de l’époque coloniale : « Les deux décanteurs de traitement d’eau datant de 1960 et de 1989 possèdent une capacité de production de 745m3/heure. Elles ont été conçues pour répondre aux besoins de la ville de l’époque qui était de 800 m3/h. Aujourd’hui, le besoin en eau de la ville avoisine les 1250m3/h créant un gap de près de 500m3/h. » Néanmoins, selon lui, la dégradation de la forêt exacerbe la diminution de la production d’eau de la Montagne d’Ambre tout en augmentant la pollution de l’eau. En effet, il faut maintenant plus de 300 kg de sulfate pour le traitement de l’eau contre 50 kg auparavant.  

L’exploitation de la forêt de la Montagne d’Ambre constitue l’une des principales sources de revenus des riverains. A l’instar de la commune d’Anivorano Nord, où les bois de la forêt approvisionne tous les ateliers bois du village.

 

Anivorano Nord, carrefour du trafic de bois (carrefour des meubles)

Selon l’adjoint au maire de cette commune, au moins cinquante blocages venant des aires protégées transiteraient chaque jour dans cette localité. D’un ton assez ferme, il a parlé de négligence des responsables. « … des ateliers sur ateliers, on ne voit pas des réelles actions pour lutter ou riposter ce phénomène. Alors que tout le monde voit ce qui se passe Anivorano Nord. Sait d’où viennent ces bois… l’impact commence à se faire sentir. On constate des manques de pluie et la montée de chaleur au quotidien. »Des affirmations renforcées parAurelien, le président des menuisiers à Anivorano, qui nous avait confié que tous les bois utilisés par les ateliers d’Anivorano proviennent tous du parc national de la Montagne d’Ambre.

Interrogés sur les circuits d’acheminement du bois en provenance de la Montagne d’Ambre, les techniciens du TEF ainsi que la directrice de la MNP reconnaissent qu’au moins cinq axes permettraient d’évacuer les bois coupés vers la commune rurale d’Anivorano Nord.

  • Axe 1 : Montagne d’Ambre – Andrafiamena – Antsitona – Anivorano
    Variante : Montagne d’Ambre – Androhimita – Anivorano
  • Axe 2 : Montagne d’Ambre – Bemamalona – Anivorano
  • Axe 3 : Montagne d’Ambre – Andrafiafaly – Anivorano
  • Axe 4 : Montagne d’Ambre – Ampatambohitry – Ambodifinesy – Anivorano
  • Axe 5 : Montagne d’Ambre – Andrafiafaly – Andavakovy – barrage de la gendarmerie d’Anivorano

 

Des politiques mal coordonnées qui sapent les efforts de protection

Des conflits fonciers à l’intérieur du parc fragilisent aussi la Montagne d’Ambre. Des zones d’occupations contrôlées ou ZOC ont été mises en place par la world Wildlife Fund (WWF) dans les années 1980. La population riveraine disposait de la zone tampon du parc (une zone entre le noyau dur du parc et la zone extérieure périphérique) pour y cultiver. L’extension du parc en 2015 a subitement catégorisé ces occupants comme « illicites ».

Bevelo Pierrin, cultivateur à Joffreville raconte qu’en 1989, au temps où WWF était le gestionnaire du parc national de Montagne d’Ambre, le zoc a été mise en place et des cahiers de charges ont été attribués à 90 personnes par WWF, gage de la légalité de l’occupation. Néanmoins, WWF avait souligné qu’il était formellement interdit de vendre ou d’hériter de cette zone d’occupation.

 

Le Décret n° 2015-776 du 28 avril 2015 a officialisé l’extension du parc. La superficie totale du parc est désormais de 30 538 ha contre 18 200 ha auparavant. Madagascar National Park est désormais le gestionnaire du parc de la Montagne d’Ambre. MNP a donc décrété la suppression du ZOC et toute occupation du Parc (y compris l’utilisation de la ZOC) est désormais illégale privant subitement près de 200 personnes de leurs ressources.

Interrogée sur la question du ZOC, La Directrice de la MNP a souligné que c’est désormais le nouveau Décret entré en vigueur en 2015 relatif à l’extension du parc qui s’applique.  Le nouveau Décret en son titre V intitulé « De l’aménagement de l’aire protégée » dans l’article 7 mentionne l’adhésion de la zone tampon dans la surface de l’aire protégée. Le but était d’optimiser le rôle écosystémique du parc dans l’alimentation en eau des localités environnantes. Selon les explications de la Directrice de la MNP, l’intégration de la zone tampon dans la surface de l’aire protégée par le nouveau Décret sous-tend que toute occupation au sein du parc est désormais illicite incluant les anciens bénéficiaires du ZOC. Par ailleurs, elle affirme que ni la MNP, ni la Direction Régional de l’Environnement et du Développement Durable de DIANA, ni les anciens bénéficiaires du ZOC ne sont en possession des cahiers de charge relatifs au Zoc.

 

Par ailleurs, Bevelo Pierrin a déploré le manque de moyens dans la protection du parc. Une convention de protection de la forêt a bien été passée entre MNP et la population riveraine mais même si les riverains regroupés dans le Comité Local du Parc (CLP) sont témoins de coupe ou de défrichement, le plus souvent, leurs vulnérabilités face aux exploitants leurs empêchent de signaler. Les membres de la CLP, les agents auprès du TEF ainsi que le Commandant de Brigade de la gendarmerie de Sakaramy sont unanimes : Les riverains engagés dans la protection de la forêt sont totalement vulnérables car ils ne disposent d’aucun moyen de sécurité face à des exploitants armés de manchettes ou de couteau.

 Les failles dans l’application de la Loi sont aussi à déplorer : En 2025, les agents du MNP ont procédé à l’arrestation de 32 délinquants à l’intérieur du parc, 21 ont été mis sous mandat de dépôt mais au cours de l’examen somatique de ces personnes par le Tribunal, ils ont été relâchés. L’application du Code des Aires Protégées (COAP) et des Lois et sanctions relatives aux crimes et délits contre les aires protégées sont aussi loin d’être effectifs. Les agents au sein du TEF ont notamment évoqué le cas d’un exploitant qui avait écopé d’une peine d’emprisonnement de 5 ans mais qui a été libéré au bout de trois mois.

 

Le manque de synergie entre les différentes entités de protection sont aussi pointés du doigt. La Directrice de la MNP a notamment évoqué le manque de synergies entre les différents ministères. En effet, les décisions comme la réouverture de l’exploitation des forêts naturelles décidées en Conseil des Ministres le 15 janvier 2026 et qui est entrée en vigueur le 15 février 2026 va à l’encontre de la politique de protection des aires protégées. Il en est de même pour la délivrance des autorisations de coupe avec comme seule condition le paiement de la somme due. 

 

Le secteur tourisme fragilisé

La dégradation du parc affecte également une grande partie de l’économie touristique de la région DIANA. Selon le directeur régional du tourisme DIANA, Mahatondra Elysée Ralema, le circuit de la Grande Cascade a été suspendu afin d’éviter d’exposer ces destructions aux visiteurs. Mais la directrice du parc évoque de son côté des raisons de sécurité pour justifier cette fermeture.  Sur cette partie, des troncs fraîchement abattus gisent au sol. On y trouve des arbres coupés, des blocages abandonnés surtout ceux qui ont des défauts.

Un guide touristique habitué des lieux, qui préfère rester dans l’anonymat, nous a confié ceci : « La dernière fois où j’ai fait ce circuit, ce jour-là, j’accompagnais deux touristes étrangers.  A quelques dizaines de mètres, on a ralenti les pas car on a entendu des sons de dolmar en plein milieu de la forêt, en plein jour. On a continué notre visite et on a vu des hommes qui manipulaient une machine. J’ai essayé de rassurer ces touristes en leurs disant : continuez à marcher… et ne les regardez pas. Une situation qui nuise à la réputation de notre parc ».Dans cette partie pourtant protégée du parc national de la Montagne d’Ambre, les coupes illégales peuvent désormais se dérouler en plein jour, rajouta-t-il, à la fin de notre conversation.

C’est pourtant la population de Antsiranana qui constitue la victime de premier plan de l’insuffisance, voire, de l’absence total d’eau. Pour y pallier, les particuliers, tout comme les différentes entités mettent désormais en place des solutions sur le court et sur le long terme.

 

Les pistes de solutions proposées

Au niveau des quartiers, mise à part les coupures tournantes d’eau, la JIRAMA a aussi mis en place depuis 2023, la distribution gratuite d’eau dans les quartiers les plus sévèrement touchées : 2 bonbonnes de 8 m3 sont distribuées à des citernes d’eau de 10m3. Le quartier d’Ambalavola figure parmi les bénéficiaires de cette initiative de la JIRAMA. D’un autre côté, en 2024, un forage a été construit par l’Etat mais il n’est pas encore fonctionnel dû à l’absence de la continuité de l’Etat et de nouveau tuyau vont être mis en place grâçe au programme du Projet d’Amélioration de l’Accès à l’Eau Potable (PAAEP). Pour le quartier de Scama, le projet « Entraide Madagascar » a toutefois permis la construction d’un forage avec trois bornes fontaines. Les travaux sont terminés à 80% mais sont en suspension pour l’instant pour des raisons techniques. Un autre forage issu du projet « Experts solidaires » est aussi attendu. De leurs côtés, des habitants ont décidé de mettre en place des pompes à moteurs pour pallier à l’insuffisance de la pression de l’eau.

 

Au niveau de la MNP, parmi les résolutions proposées pour la préservation de l’aire protégée figure la mise en place de barrage permanent des polices de la route auprès des circuits empruntés par les exploitants lors du transport des bois. La suspension de la délivrance de nouvelles autorisations d’ouverture d’atelier bois à Anivorano est aussi mise en avant.  Le retrait progressif des occupants de la forêt (avec les mesures d’accompagnement adéquates) est aussi envisagé. Jusqu’à présent l’appui aux communes riveraines consistait dans la dotation de kits solaires, de matérielles informatiques et de matérielles de nettoyage. Mais pour 2026, MNP projette d’attribuer les recettes de l’aire protégée de la Montagne d’Ambre octroyées aux 13 communes environnantes dans des activités génératrice de revenus. La somme s’élève à 82 millions d’Ariary et sera investie dans la distribution de semence de maïs pour les habitants. En ce qui concerne le ZOC, le retrait progressif des occupants ainsi que la mise en place de mesure d’accompagnement et d’attribution de terrains hors de l’aire protégée sont envisagés.

Quelques menuisiers du côté d’Anivorano ont aussi commencé à utiliser les eucalyptus plantés quelques années auparavant par l’ONG GIZ, en guise d’alternative à la déforestation du parc de la Montagne d’Ambre. Actuellement en phase d’essai, la plantation de coton et d’arachide figure aussi comme la nouvelle alternative économique adoptée par les menuisiers.

 

 La crise socio-économique touchant les riverains figure parmi les obstacles principaux dans la protection du parc. La Directrice de la MNP tout comme les agents du TEF et les riverains interrogés sont unanimes sur le fait qu’en grande partie, le manque d’activité génératrice de revenus pour la population locale pousse celle-ci à se servir de la forêt comme moyen de subsistance. La solution résiderait donc dans la mise en place d’activité économique pérenne pour les riverains. Des pistes de solutions ont été prônés par ces responsables comme la valorisation des terrains aux alentours du parc pour l’agriculture ou l’élevage. »

L’utilisation effective des fonds alloués aux projets de restauration et de conservation figure aussi parmi les pistes proposées. En effet, selon les techniciens de la JIRAMA et du TEF, la plupart des projets de protection lancée par l’Etat, les ONG ou les particuliers s’arrêtent souvent à la phase d’étude et d’atelier et n’arrive jamais à la phase de mise en œuvre. A l’instar d’un projet de restauration d’un étang du parc : Le lancement du projet avait eu lieu en 2024 mais la mise en œuvre n’a toujours pas eu lieu jusqu’à aujourd’hui.

 

Le parc national de la Montagne d’Ambre constitue un pilier économique pour la région DIANA. C’est aussi un garant de la qualité des sols, un régulateur climatique de sa zone périphérique et un réservoir génétique. Mais surtout, il joue un rôle central dans l’écosystème de production d’eau pour la population de Antsiranana I. La qualité ainsi que la quantité de l’eau fournit dépend directement de la santé de cet écosystème. La pénurie d’eau qui affecte la ville depuis près d’une décennie s’explique donc en grande partie par la dégradation de la forêt du parc. Préserver le parc est donc à l’heure actuelle un enjeu vital pour l’approvisionnement en eau de la ville.

 

Photographie satellite montrant l’étendue des plantations de Kath en amont de la rivière de Besokatra

 

Par Harynah Ramanantsoa et Voniala Rabesiaka