L’essor des technologies vertes, indispensables à la transition énergétique mondiale, s’appuie
sur des minerais stratégiques comme le graphite. Madagascar, riche de ces ressources, attire
de plus en plus d’investisseurs étrangers. Mais derrière la promesse d’un développement
économique, l’exploitation minière révèle une sombre réalité : celle des violations des droits
humains et des impacts environnementaux majeurs, notamment dans la mine de graphite
exploitée par Gold Sand et ses partenaires, à Ambahita, dans le district de Bekily, dans
l’Androy.
Le graphite est un matériau indispensable dans la transition énergétique. En effet, il est utilisé
dans la fabrication des batteries lithium-ion, qui alimentent les voitures électriques et les
systèmes de stockage d’énergie renouvelable. Selon les projections, la production mondiale de
graphite devrait croître de 17% d’ici 2030, positionnant la Grande Ile comme un acteur clé de
la transition énergétique. Cependant, cette opportunité économique soulève des questions
éthiques et sociales.
Des droits humains bafoués …
Plusieurs violations des droits humains sont mises en lumière dans le cadre de l’exploitation
de graphite par la société Gold Sand et ses partenaires, notamment Copax Resources. Au
cours des enquêtes menées dans le premier semestre 2025, les témoignages recueillis révèlent
des abus systématiques et soulèvent des préoccupations majeures. Les conditions de travail
sont alarmantes. De nombreux employés signalent l’absence de contrats de travail, ce qui rend
leurs relations de travail informelles et juridiquement non-opposables. Un ouvrier relate :
« Nous travaillons sans repos, sans sécurité. Quand un accident survient, on nous dit de nous
débrouiller. Les chefs chinois ne respectent pas nos droits, ils nous insultent, parfois ils
frappent ». Tita, un travailleur se plaint : « Nous ne bénéficions pas de repos, ni de congé. Les
heures supplémentaires ne sont pas payées. Des inspecteurs de travail sont venus mais on
nous a donné l’ordre de partir. Des autorités locales viennent également mais aucune mesure
n’est prise après leurs passages. Il n’y a pas question de respect de la dignité humaine. Nous
consommons de la brède arrosée par les eaux usées des toilettes ».
En outre, aucune mesure de sécurité n’est mise en place sur les sites d’exploitation. « Nous
travaillons à nos risques et périls. Les employeurs ne nous procurent pas les équipements de
protection individuelle », confient des travailleurs. Ce qui expose les travailleurs à des risques
professionnels graves. Les témoignages font également état d’une absence de protection
sociale, notamment en matière de couverture maladie ou de retraite. Mise à part cela, de
nombreux habitants dénoncent l’absence de priorité donnée à l’embauche locale, malgré les
engagements pris par l’entreprise. Les emplois créés sont majoritairement précaires, mal
rémunérés et n’offrent aucune sécurité sociale. Les populations n’ont pas été consultées de
manière adéquate lors de la mise en œuvre du projet. L’accès à l’information, pourtant garanti
par les textes nationaux et internationaux, reste très limité, alimentant la défiance et les
tensions.
Les dirigeants de Gold Sand ont reconnu les lacunes dans leur gestion sociale et
administrative. Un plan de redressement a été annoncé en mai 2025, comprenant notamment :
la régularisation des contrats de travail, déjà entamée, l’amélioration des conditions de travail,
incluant une revalorisation progressive des conditions financières, l’instauration d’une
méthode d’interprétation pour garantir une meilleure communication entre les employés
locaux et les cadres chinois, la sensibilisation du personnel, malgache comme chinois, aux
lois en vigueur et aux coutumes locales.
Des abus de tous genres …
Des abus spécifiques ont été rapportés concernant le traitement des employés. Des cas de
harcèlement sexuel, de chantage et de violences verbales ont été signalés. Les femmes, en
particulier, sont souvent victimes de discrimination et d’abus, ce qui souligne l’absence de
mécanisme de protection pour les victimes. Ces comportements inacceptables révèlent un
mépris flagrant des droits humains et de la dignité des travailleurs.
De plus, des abus sexuels ont été rapportés, créant un climat de peur et d’insécurité parmi les
femmes de la communauté. Un travailleur témoigne : « Ils choisissent de recruter les jeunes
filles, dont des mineures, pour préparer leurs repas. Certains cadres chinois les menacent tout
en les malmenant ».
Plusieurs familles ont été expulsées de leurs terres sans consentement ni compensation
équitable. Cette dépossession aggrave la précarité alimentaire et met en péril la transmission
des terres ancestrales, pilier de la culture locale. « Nous n’avons peut-être pas de documents,
mais le fait que les tombes de nos ancêtres sont ici : ces terres nous appartiennent », témoigne
Tahovelo, jeune habitant d’Ambohitsy Haut. Pour Pisaky, une femme âgée, la terre est plus
qu’un bien : « Ces terres nous appartiennent, tout comme l’eau ».
Le sentiment d’injustice est d’autant plus vif que les habitants n’ont que peu de moyens pour
se défendre. Les tentatives de recours devant la justice, pour licenciement abusif, sont souvent
étouffées ou classées sans suite sous pression. Effectivement, en septembre 2020, le tribunal
du travail de Toliara a été saisi par des membres de la communauté locale affectée, qui
réclamaient des dommages et intérêts pour licenciement abusif et non-paiement d’indemnités.
Toutefois, l’affaire a été classée sans suite, après un désistement sous pression.
La société a annoncé la création d’un mécanisme interne et externe de collecte et traitement
des plaintes, afin de donner la parole aux victimes et de permettre un suivi approprié par la
commune et les fokontany. Des formations sur les us et coutumes de l’Androy sont également
dispensées aux cadres chinois pour prévenir les comportements inappropriés.
Des atteintes aux « Fady » …
Les pratiques culturelles et spirituelles des communautés locales, dont les « Fady », sont
également menacées. Des violations de ces traditions, telles que le déversement de déchets sur
des sites sacrés, ont été signalées. La destruction ou le déplacement de tombes traditionnelles
a provoqué un profond traumatisme au sein des communautés, pour qui ces lieux ont une
valeur spirituelle inestimable. Une mère de famille confie : « Ils ont déplacé les tombes de nos
ancêtres, c’est un sacrilège. Nous avons perdu nos terres, notre dignité. Personne ne nous a
demandé notre avis ». Alisony, chef du fokontany d’Ambahita relate : « Ils achètent les
terrains à des sommes modiques, à raison de 300 000 Ariary pour un hectare de terrain. Les
gens ont peur et sont forcés à leur vendre ces terres ». Par rapport aux atteintes aux droits
culturels, Alisony poursuit : « Un propriétaire de tombe traditionnelle a demandé 35 bœufs
afin de déplacer les dépouilles. Ils ont refusé de payer alors qu’il n’est pas dans nos coutumes
de déplacer les sépultures. Nous le leur avons interdit mais ils n’ont fait qu’à leurs têtes et ils
ont déplacé nos ancêtres ».
Certains cadres chinois abattent des chiens dans une rivière considérée par la communauté
comme sacrée, une pratique qui a profondément choqué dans un contexte où la consommation
de viande canine est culturellement proscrite. Les habitants signalent également des atteintes à
des lieux tabous et à des plantes sacrées, le déversement de substances dans des sites sacrés.
Des faits qui portent directement sur des éléments identitaires transmis entre générations,
affectant ainsi la cohésion sociale et la dignité communautaire.
Dans son plan de redressement, la société s’engage à reconsidérer ses relations avec les
communautés locales, à intégrer les dimensions culturelles dans sa gestion du foncier et à
éviter toute profanation de sites sacrés.
L’exploitation minière a également des conséquences environnementales significatives. La
pollution de l’eau, de l’air et la déforestation sont des problèmes majeurs liés aux activités de
Gold Sand. Les déchets générés par l’exploitation sont souvent rejetés sans traitement
adéquat, compromettant la qualité de l’environnement et la santé des populations riveraines.
Les résidus miniers sont abandonnés à ciel ouvert, sans traitement ni suivi. Un agriculteur
s’inquiète : « L’eau du puits est devenue trouble, nos enfants tombent malades. Les arbres
disparaissent, la terre ne donne plus rien ». L’entreprise prévoit désormais la constitution
d’une équipe environnementale et sociale en charge du suivi environnemental et la mise en
place d’un système de gestion des déchets, encore inexistant jusque-là.
L’exploitation des minerais stratégiques, comme le graphite, est essentielle pour la transition
énergétique mondiale. Cependant, cette exploitation ne doit pas se faire au détriment des
droits humains et fondamentaux des communautés locales à Madagascar. Il est temps d’agir
pour garantir que les bénéfices de l’exploitation minière profitent réellement aux populations,
tout en respectant leur dignité et leurs droits. La route vers un développement durable et
équitable passe par la protection des droits humains et la responsabilisation sociale des
entreprises.

(Par Monica Rasoloarison)
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