Economie

Dossier Tsimiroro : à qui profite l’écartement du pétrole malgache par la JIRAMA ?

Malina Admin . Administrateur
Publiée le 2/2/2026
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Alors que Madagascar dispose d’un gisement d’huile lourde exploitable sur son propre territoire, la société nationale d’électricité continue de recourir massivement à des carburants importés pour alimenter ses centrales thermiques. Depuis plus d’une décennie, une question revient avec insistance : pourquoi la JIRAMA n’utilise-t-elle pas durablement le fuel lourd de Tsimiroro pour lutter contre le délestage ? Enquête sur le paradoxe énergétique malgache.

Antananarivo, un lundi soir. Dans les quartiers populaires comme dans les zones d’affaires, le même phénomène revient à l’heure du dîner : les lumières s’éteignent, les activités quotidiennes tournent au ralenti, les respirations sont tendues. Le délestage — cette stratégie de coupures d’électricité planifiées ou non — est entré dans la vie quotidienne des Malgaches. Un enseignant à Antananarivo raconte : « Quand l’électricité tombe à 18 h, tout s’arrête. On ne peut pas cuisiner, les enfants ne peuvent pas réviser à la lumière, et nos petits commerces en payent le prix. » Et pourtant, à l’ouest du pays, dans le bassin pétrolier de Tsimiroro, se trouve une ressource que certains appellent déjà « l’or noir de Madagascar ». Un pétrole lourd que plusieurs experts estiment capable d’alimenter les centrales thermiques de la JIRAMA. Mais cette promesse reste lettre morte.

 

Une ressource locale, un espoir ancien

Au cœur de la région Melaky, les cuves de Madagascar Oil SA (MOSA) débordent de 160 000 barils d’huile lourde. Des chiffres révélés en septembre 2016 par Mbola Andriamalala, ingénieur pétrolier de la société dans une interview de l’émission Target Madagascar sur la chaîne Euronews. Une source anonyme nous confirme que MOSA écoule ce stock aujourd’hui. Au-delà de ce stock, la production de Tsimiroro est estimée à 1.7 milliards de barils selon l’Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques (OMNIS) et un rapport d’ouverture émanant du ministère des affaires étrangères chinois en 2021. Pour la JIRAMA, ce carburant extrait du gisement de Tsimiroro pourrait représenter des années sûres, sans coupures.

Les liens entre ces deux entités ne sont pas aussi simples. Pour remonter au début, le 18 juin 2014, Madagascar Oil organise une grande cérémonie à Tsimiroro pour lancer une vente test d’huile lourde sur le marché local. L’événement se déroule en présence de Hery Rajaonarimampianina, alors président de la République e, et des autorités. L’objectif officiel : tester l’utilisation de ce pétrole lourd pour des usages industriels, notamment la production d’électricité par la JIRAMA. La compagnie pétrolière a demandé l’approbation du gouvernement pour mettre en vente 55 000 barils d’huile lourde sur le marché local. « Cette vente débutera au second semestre 2014,  et s’étalera sur  six mois. L’huile lourde est plutôt destinée aux industries utilisant des groupes électrogènes : elle est mélangée  t avec du gasoil. Ce sera vendu au prix couvrant le coût de production et les frais de transport », a expliqué Stewart Ahmed, directeur général de la compagnie dans une interview ce jour-là  publiée par Midi Madagasikara.

Le taux de production d’huile lourde de Tsimiroro est en moyenne de 400 barils/jour. Madagascar Oil prévoit de mettre en vente test 300 barils/jour. « On peut l’utiliser également dans les raffineries en Afrique du Sud et dans l’Océan Indien. L’huile lourde produite a été déjà employée pour faire fonctionner quatre générateurs de la compagnie. Cela a marché efficacement. Ainsi, il n’y a pas  de raison que ce produit pétrolier ne s’adapte pas aux besoins des autres industries », a-t-il évoqué dans cette même interview. En dix ans, la compagnie a déjà investi plus de 700 milliards d’Ariary.

 

Test réussi

Selon plusieurs sources, l’huile lourde de Tsimiroro a été testée à la centrale thermique de la JIRAMA, ainsi qu’à l’usine de ciment Holcim dans la région Vakinankaratra, avec des résultats considérés comme  techniquement concluants. Un dirigeant de Madagascar Oil affirmait d’ailleurs, dans une discussion avec le journal La Vérité, que ce produit était « prêt à l’emploi et à l’approvisionnement du marché local ». Malgré ces essais, l’utilisation à grande échelle n’a jamais vraiment décollé. Pourtant, les réserves en barils semblent  largement suffisantes pour un volume estimé aux besoins quotidiens de la JIRAMA autour de 2 000 barils par jour, chiffres provenant des données de l’entreprise et les besoins industriels observés.

Lors d’une présentation publique, le directeur général adjoint d’alors, Emma Ralijohn, avait expliqué que cette huile pouvait être transformée en HFO 380, un produit combustible utilisable sur les groupes électrogènes de centrales thermiques après ajout de 10 à 15 % de gasoil — ce qui correspond à un standard industriel courant. Les essais réalisés à la centrale de Mandroseza avaient même été qualifiés de concluants (Lagazette-dgi.com).

En 2022, la revue L’Express de Madagascar rapportait que l’huile lourde de Tsimiroro avait enfin été « commercialisable localement » après des années d’attente, transportée par des  camions-citernes depuis l’ouest vers d’autres régions du pays. Pour les responsables du secteur pétrolier, il s’agissait d’un pas vers l’intégration du pétrole malgache dans le mix énergétique, mais soulignant que « la production actuelle était encore minime par rapport aux besoins de la JIRAMA »  et qu’il faudrait un contrat officiel clair pour engager la fourniture de fuel lourd (L’Express de Madagascar).

 

Réussi mais…

Contrairement à ce que certains responsables laissent entendre aujourd’hui, l’huile lourde de Tsimiroro n’est pas un produit inconnu de la JIRAMA. En 2014, après le lancement de la vente test, des essais ont été menés sur des générateurs industriels, y compris dans des installations liées à la production d’électricité. À Antananarivo, des groupes ont fonctionné avec ce fuel pendant plusieurs jours. Un ancien technicien de la JIRAMA, aujourd’hui à la retraite, accepte de témoigner. « On a fait tourner les machines. Techniquement, ça marchait, il n’y a pas eu de délestage. Le fuel était plus visqueux, il fallait faire attention au préchauffage, mais ce n’était pas un problème insurmontable. » Selon plusieurs sources concordantes, pendant soixante-douze heures d’essais en 2014, la capitale n’aurait connu aucun délestage.

À cette période, la JIRAMA reconnaît publiquement que des tests techniques ont eu lieu. Les résultats, selon différentes sources qui ont témoigné sous anonymat, montrent que le fuel de Tsimiroro est techniquement combustible, à condition de respecter certaines contraintes : préchauffage, adaptation des brûleurs, voire mélange avec du gasoil. Autrement dit, le problème n’est pas un obstacle technique absolu. Le fuel brûle. Les moteurs tournent.

« Le problème n’est pas technique. Le fuel de Tsimiroro fonctionne. Il dérange simplement ceux qui profitent du système actuel », confie une source du ministère de l’Énergie. La source de poursuivre que les groupes électrogènes utilisés par la Jirama dans plusieurs grandes villes de Madagascar fonctionneraient avec du fuel lourd importé. D’après   un rapport sur les dettes publiées par la Jirama en le 31 décembre 2020, ce fiel lourd est fourni par les sociétés Galana Distribution Pétrolière SA, Jovena Madagascar, Total Madagascar et Vivo Energy Madagascar.

La même source du ministère en charge indique que la JIRAMA a besoin de 20.000 m3 de HFO par mois pour fonctionner correctement, mais que le gouvernement ne pouvait en procurer que 14.000 m3 : ce seraitl’origine des coupures.

 

Quand MOSA frappe à la porte de la JIRAMA

Contrairement à ce que certains responsables laissent entendre, la JIRAMA n’a jamais été tenue à l’écart du projet. Au contraire. Un technicien de la JIRAMA, encore en poste, témoigne sous couvert d’anonymat. Sa voix est calme, mais ses mots sont lourds de sens. « Un technicien issu de MOSA nous a contactés à plusieurs reprises. Il est venu nous voir. Il a clairement affirmé la volonté de MOSA de travailler avec la JIRAMA, de fournir du fuel lourd. On a discuté technique, compatibilité, volumes. Ce n’était pas du bluff. »

Selon ce technicien, ces démarches n’auraient jamais abouti. « À chaque fois, ça s’arrêtait plus haut. Aucun feu vert. Aucun suivi. Le dossier restait bloqué. » Il estime : « Si demain on utilisait massivement le fuel de Tsimiroro, il faudrait assainir les circuits, suivre les volumes, rendre des comptes, et ça, ce serait dérangeant. » Dans ce contexte, le statu quo devient une zone de confort pour certains acteurs. Tant que le système repose sur des importations coûteuses, complexes et peu lisibles, les dysfonctionnements internes restent noyés dans la crise générale.

 

« Cette situation arrange certains »

Le témoignage du technicien en poste va plus loin. « Il y a un problème dont personne ne veut parler ouvertement », confie-t-il. « Il y a des vols de carburant au sein de la JIRAMA. Tout le monde le sait, mais peu osent le dire. » Selon lui, le maintien d’un système basé sur le gasoil importé, livré régulièrement et difficilement traçable jusqu’au dernier litre, crée un terrain favorable aux détournements. « Quand on importe du carburant, quand ça passe par plusieurs intermédiaires, c’est plus facile de faire disparaître des volumes. » À l’inverse, explique-t-il, l’arrivée d’un fuel local comme celui de Tsimiroro, livré directement, avec des volumes et des quotas clairement identifiés, aurait imposé davantage de transparence. « Et ça, ça ne convient pas à tout le monde. Cette situation, certains y trouvent leur compte. »

Ces propos révèlent un malaise interne profond, rarement exprimé publiquement. Pourles observateurs du secteur énergétique, ces pratiques informelles expliqueraient en partie la résistance au changement. « Le délestage n’est pas seulement un problème technique ou financier. C’est aussi un problème de gouvernance et de contrôle », analyse un expert indépendant. Les blocages sont divers,  mais n’ont pas de solution.

 

Blocage logistique : l’ère des routes impossibles

L’un des principaux obstacles identifiés vient de la logistique, un facteur que le ministre de l’Énergie lui-même a récemment explicité sans détour. Lors d’une intervention télévisée sur la chaîne nationale le 2 janvier 2025 afin d’expliquer les projets du gouvernement pour pallier au délestage, le ministre Olivier Jean-Baptiste a expliqué « Madagascar Oil n’a pas la capacité de garantir une livraison quotidienne et régulière d’huile lourde pour la JIRAMA ». Selon le ministre, pour répondre aux besoins du Réseau Interconnecté d’Antananarivo (RIA), il faudrait acheminer jusqu’à quinze camions semi-remorques par jour depuis Tsimiroro, un défi majeur tant que les routes sont en mauvais état :  (L’Express de Madagascar) « Madagascar Oil ne dispose actuellement que d’une dizaine de camions conteneurisés ». Le ministre a expliqué que la distance de plus de 400 km entre Tsimiroro et Antananarivo, combinée au mauvais état de la route — dont 250 km fortement dégradés — rendait une exploitation fiable presque impossible. Cette situation entraînerait en outre des risques opérationnels et financiers supplémentaires que la JIRAMA, déjà fragile, ne peut assumer seule.

 

Une JIRAMA étranglée par ses dettes

Pour la direction de la JIRAMA, l’argument est financier : impossible de payer au comptant.
Selon le plan de redressement 2025 – 2028 publié par La JIRAMA en juin 2025, ses dettes mensuelles ont atteint les 170 milliards d’ariary pour seulement 83 milliards de recettes en 2023.

MOSA, société privée, ne peut livrer sans garantie de paiement. Les négociations entre les deux entités ont échoué sur deux points : la capacité de paiement et la clause de pénalité en cas de retard de livraison, les routes reliant Tsimiroro à Maintirano et Tsiroanomandidy étant impraticables plusieurs mois par an.

En 2018, un Plan de Gestion Environnementale Spécifique (PGES) prévoyait la réhabilitation de la route Maintirano–Tsimiroro. L’État devait en assurer la construction et l’entretien. Promesse non tenue. Aujourd’hui, les convois de camions-citernes avancent à 10 km/h sur des pistes ravinées, escortés par la gendarmerie. “Le non-entretien est volontaire. C’est une manière déguisée d’étouffer le projet”, déplore un habitant d’Ankondromena, commune dans laquelle a lieu l’exploitation. Pendant ce temps, les importations de gasoil continuent, laissant 679,26 milliards Ariary d’arriérées à la date du 31 décembre 2024 selon toujours le plan de redressement, et soutenant un système figé où chaque baril importé profite à des réseaux bien placés.

 

La JIRAMA elle-même ne fait pas du « fuel local » une priorité

Du côté de la compagnie nationale d’électricité, l’intérêt pour l’huile lourde locale n’est pas aussi marqué que certains l’avaient espéré. En juillet 2024, Ron Weiss, alors directeur général de la JIRAMA déclare à la presse que l’utilisation du fuel de Tsimiroro « ne se trouv[ait] pas au premier plan » des stratégies de la compagnie. Le  directeur général avait expliqué préférer concentrer les efforts sur l’augmentation de la part des énergies renouvelables, notamment solaire, plutôt que sur l’intégration immédiate d’un produit dont la logistique et la régularité d’approvisionnement posent problème. Cette position indique clairement que la JIRAMA ne voit pas dans le pétrole local une solution immédiate au délestage — mais plutôt un possible complément à terme, à condition que des questions de capacité de livraison, de financement et de fiabilité soient résolues.

 

Finances en jeu : garanties et paiements incertains

D’après des sources économiques locales, aucun contrat solide d’achat d’huile lourde n’a réellement été signé entre Madagascar Oil et la JIRAMA, ni d’ailleurs avec d’autres acteurs du marché local. Un constat qui crée une incertitude juridique et commerciale majeure. En 2022, après des négociations, Madagascar Oil a exprimé des réticences, soulignant qu’elle ne pouvait s’engager sans garanties de paiement fiables. En effet, la compagnie nationale n’a pas toujours été un partenaire financier solide dans le passé (2424.mg). Dans un pays où la compagnie publique est régulièrement confrontée à des déficits de trésorerie et des retards de paiement, cela constitue un risque non négligeable pour un fournisseur qui doit d’abord engager des ressources pour extraire, transporter et livrer le carburant. L’absence de garantie solide de paiement peut dissuader Madagascar Oil de s’engager dans un approvisionnement régulier de la JIRAMA, d’autant plus si les volumes requis sont importants.

 

Une question qui dérange

Au fil de cette enquête, une évidence se dessine. Le problème n’est ni l’existence de la ressource, ni sa faisabilité technique. Le problème est un enchevêtrement d’intérêts, de fragilités financières, de décisions politiques et de pratiques internes jamais réellement assainies. La question n’est donc plus « Peut-on utiliser l’huile lourde de Tsimiroro ? » Mais bien « Qui profite du fait qu’on ne l’utilise pas ? » L’officialisation de l’exploitation commerciale de l’huile lourde de Tsimiroro s’est faite progressivement, avec des étapes clés comme le Décret n°2004-689 du 06 juillet 2004 (approbation du contrat de partage de production) et surtout le Décret présidentiel d’avril 2015 (confirmé par le Décret n°2016-1317), qui a donné le titre minier de développement à Madagascar Oil, marquant l’entrée en phase de valorisation pour la commercialisation, notamment via l’autorisation de mise à disposition locale (Décret 2014-377).

Le Contrat de Partage de Production (CPP) entre MOSA et l’OMNIS a été gardé confidentiel depuis sa signature en 2004. Il a été officialisé par le décret n°2002-689 portant approbation du Contrat de Partage de Production signé le 29 Avril 2004 entre OMNIS et MADAGASCAR OIL (S.A.R.L.) pour l’Exploration et l’Exploitation d’Hydrocarbures dans la région de TSIMIRORO (“Bloc 3104”) mais aucun texte n’indique la nécessité de la rendre accessible au public bien que les termes généraux soient écrits dans le Code minier. Tant que ce document restera caché, impossible de connaître les avantages de chaque partie. La société civile appelle aujourd’hui à éclairer les contrats avec les fournisseurs, briser le monopole et rouvrir les routes.

 

L’espoir trahi des populations locales

Aimond Marcel, ancien maire d’Ankondromena, se souvient encore de l’arrivée des premiers engins. «On nous parlait de routes, d’écoles, de travail pour les jeunes. On croyait que la région allait enfin décoller. » Vingt ans plus tard, il hausse les épaules. « Le pétrole est là, mais pour nous, presque rien n’a changé. » Dans l’ouest de Madagascar, les habitants de Melaky se sentent abandonnés. “Les ristournes, on n’en a jamais vu la couleur”, continue-t-il. Pourtant, plusieurs entreprises privées utilisent déjà le fuel de MOSA pour leurs chaudières, en citant parmi tant d’autres la société de brasserie Star ou encore Holcim, sises à Antsirabe. Un ouvrier de la compagnie précise : « L’huile lourde part de Tsimiroro pour être stocké à Tsiroanomandidy, puis de Tsiroanomandidy vers plusieurs sociétés à Antsirabe, Ambatolampy, Antananarivo et même Antsiranana et Mahajanga. » à ce contraste, Jean-Pierre Ratsimbazafy, habitant de Maintirano, soupire : « C’est un paradoxe cruel : on a du pétrole, mais on vit dans le noir. »

À Folakara, village d’Ankondromena près de la zone d’exploitation, les promesses de développement tardent à se concrétiser.Quelques infrastructures ont été construites, comme des écoles primaires publiques, mais les retombées économiques restent faibles. « On n’a jamais vu les ristournes promises », regrette un chef de fokontany. « Pourtant, les camions passent chez nous. »

Les inquiétudes environnementales s’ajoutent à la frustration sociale. L’extraction de l’huile lourde nécessite de l’eau chaude, réutilisable seulement deux fois. Le site est proche de la rivière Manambolo. « Si les déchets ne sont pas maîtrisés, c’est toute la biodiversité qui est menacée », alerte Jean-Pierre Ratsimbazafy, directeur de SAF FJKM Melaky. Un aspect plus sombre de ce qui devrait apporter la lumière.

 

Tsimiroro, une occasion manquée ou un débat toujours ouvert ?

L’affaire de l’huile lourde de Tsimiroro est révélatrice d’un problème plus large : la faiblesse d’une stratégie énergétique dans un pays riche en ressources mais souvent limité par ses infrastructures et sa gouvernance.

Dix ans après les premiers tests, le fuel lourd de Tsimiroro reste au cœur d’un débat non tranché. Techniquement utilisable, mais logistiquement contraignant. Local, mais pas immédiatement compétitif. Prometteur, mais politiquement sensible. La vraie question n’est peut-être pas « pourquoi la JIRAMA ne l’utilise pas ? » mais « pourquoi Madagascar n’a jamais investi sérieusement dans les conditions permettant de le faire ? »

Tant que ces facteurs de blocage — logistique, économique, institutionnel et politique — ne seront pas levés, le pays continuera de chercher des solutions d’urgence à l’étranger, pendant que son propre pétrole dort sous terre. Si ces obstacles sont levés — routes réhabilitées, accords contractuels solides, mécanismes de paiement clairs — ce pétrole local pourrait un jour contribuer à réduire les délestages et à rapprocher Madagascar de son autonomie énergétique. Qui aurait intérêt à ce que Madagascar continue à importer ce qu’il possède déjà ?

 

Monica Rasoloarison

Rova Andriantsileferintsoa