Politique

Élections municipales à Morondava : le candidat Mamy Claver de nouveau arrêté

Malina Admin . Administrateur
Publiée le 10/1/2020
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Morondava, Madagascar – Mamy Meryson Claver, cinquième candidat en lice à la mairie de Morondava, a de nouveau été arrêté dans la nuit du jeudi 2 janvier 2020. Placé en détention provisoire le soir même, il avait pourtant été remis en liberté la veille du scrutin.

 

Cette arrestation survient après une première interpellation liée à une affaire de collecte illégale de cartes d’électeurs, accompagnée de soupçons d’achat de votes. L’opération avait été menée par les forces de l’ordre, quelques jours avant l’échéance électorale.

Les autorités n’ont pas encore communiqué officiellement sur les motifs précis de cette seconde arrestation, mais l’affaire continue de susciter des tensions à l’approche des résultats du scrutin municipal.

Libéré la veille du scrutin après avoir été interpellé dans une affaire de collecte de cartes d’électeurs et d’achat de votes, Mamy Meryson Claver, cinquième candidat à la mairie de Morondava, a de nouveau été arrêté dans la nuit du jeudi 2 janvier 2020. Il a été placé en détention provisoire le soir même.

 

Une stratégie controversée et source d’inquiétudes

 

La collecte de cartes d’électeurs était la stratégie choisie par ce candidat pour maximiser ses chances lors de l’élection municipale à Morondava. Lors d’une enquête menée pendant la période de pré-campagne, le candidat avait exposé sa démarche de manière explicite :

« Afin d’être sûr que les personnes à qui j’offre des cadeaux avant et pendant l’élection soient réellement en mesure de voter, nous devons collecter leurs cartes d’électeurs », avait-il déclaré.La collecte de cartes d’électeurs a effectivement été menée de manière systématique, foyer par foyer, sans qu’aucun des dix-huit fokontany composant la commune urbaine de Morondava n’y échappe. Il serait faux de prétendre que personne n’était au courant de cette opération, tant le phénomène a fait grand bruit dans la ville. L’information s’est rapidement propagée à Morondava, suscitant de nombreux commentaires dans les quartiers comme dans les médias.

 

Les partisans du candidat ont parcouru les domiciles pour convaincre les électeurs. Selon le témoignage d’un habitant, ayant requis l’anonymat, la méthode utilisée était la suivante :

« Le candidat a besoin de cette carte comme preuve que vous êtes bien inscrit sur la liste électorale. En échange, vous recevrez un petit quelque chose — de l’argent ou un bien. Mais seuls ceux dont on a récupéré la carte pourront en bénéficier. Ce n’est pas un achat de vote, c’est juste une garantie que vous irez voter, et vous aurez bien votre cadeau. »

De nombreux électeurs, contraints, ont remis leur carte d’électeur, souvent avec pour seul espoir d’obtenir une part des cadeaux distribués. Les partisans du candidat retranscrivent sur un cahier les noms inscrits sur chaque carte, ce qui sert ensuite de base pour calculer la répartition des sommes d’argent ou des biens, comme des seaux. Les cartes sont conservées en un lieu tenu secret et ne sont pas rendues à leurs propriétaires.

 

Lors d’un meeting à Ankisirasira Sud, le candidat avait d’ailleurs déclaré en conclusion de son discours : « Sur ces quatre cents personnes, seules les cartes que nous avons ici comptent. »

Dans ce fokontany, 1 344 électeurs étaient inscrits, 555 se sont rendus aux deux bureaux de vote combinés, et le candidat classé cinquième a obtenu 417 voix. Les noms relevés sur les cartes servent donc de référence pour déterminer qui bénéficiera des distributions.

Le candidat Koto II Richard a exprimé son désaccord face à la collecte des cartes d’électeurs menée par son concurrent, qu’il a qualifiée de pratique inédite.

« Je n’ai jamais vu ni entendu parler de ce procédé depuis que les élections existent à Madagascar, peut-être ailleurs en Afrique », a-t-il déclaré. Il a également souligné que « le nombre de voix obtenues par Mamy Claver correspond précisément au nombre de cartes collectées dans chaque fokontany ».

Pour ce candidat, cette méthode constitue une « violation de la liberté des électeurs et remet en cause la transparence du scrutin ».

 

Certains détenteurs de cartes ont commencé à se plaindre en apprenant que leurs cartes ne leur seraient pas restituées avant deux jours avant le jour du scrutin. On leur a expliqué qu’« une dernière distribution aura lieu », probablement à la dernière minute. Cette nouvelle pratique s’est rapidement répandue dans toute la ville de Morondava.

Lors d’une dernière réunion de concertation organisée par la branche locale de la CENI à Morondava, tenue dans la salle de réception du Lycée Pôle Morondava et à laquelle assistaient le préfet ainsi que les acteurs de l’élection, un candidat a publiquement dénoncé la collecte de cartes menée par Mamy Claver, ce dimanche 3 novembre à partir de 15 heures.

Raheriniaina Aurélien, président de la Commission régionale de la CENI dans la région Menabe, a répondu clairement et fermement : « Cela est interdit et illégal. »

 

Pourtant, la collecte s’est poursuivie malgré cette mise en garde.

Dans ce contexte, le candidat Kolo Frijof, arrivé en deuxième position, a adressé une lettre de questions au Centre d’Études et de Documentation (CED) de Morondava. Dans ce courrier, il signalait l’existence de la collecte de cartes d’électeurs organisée par son concurrent et sollicitait l’avis de la CENI quant à la légalité de cette pratique.

Le CED a transmis cette lettre au siège de la CENI. Depuis lors, on peut considérer que cette instance chargée de l’organisation des élections à Madagascar est informée de cette affaire, même si elle n’en avait pas beaucoup parlé au départ.

L’organisation Safidy, présente comme observateur lors des élections à Morondava, a rapidement pris note de la situation et dressé un rapport. À travers des campagnes de sensibilisation menées dans chaque fokontany, Safidy a informé les citoyens et surveillé le déroulement du scrutin communal à Morondava. Tahindraza Farezy Walter, responsable principal de la mission de surveillance à Morondava, a confirmé : « Nous avons suivi cette affaire de collecte de cartes et avons fait un rapport aux autorités supérieures. » Cependant, ce dossier est resté en suspens, sans suite concrète. Beaucoup semblent désormais considérer que cette pratique s’inscrit dans les normes d’un scrutin transparent et accepté, malgré les protestations récurrentes à chaque période électorale.

 

Face à cette situation tendue, la CENI a finalement décidé, par l’intermédiaire de sa branche locale, de déposer une plainte officielle. Celle-ci a été enregistrée auprès du tribunal compétent et une copie a été transmise à la préfecture de Morondava.

Une commission d’enquête mixte a été mise en place, rassemblant des enquêteurs de la gendarmerie nationale, de la police et de l’armée. Plusieurs arrestations ont eu lieu, de nombreuses cartes ont été saisies, et plusieurs témoignages ont été recueillis. Parmi les témoins figurent les 18 chefs de fokontany de Morondava, qui ont tous confirmé la présence de cette collecte de cartes dans leurs secteurs respectifs. D’autres personnes se sont également manifestées, affirmant avoir vu leurs droits bafoués, et ont témoigné afin de faciliter l’enquête des forces de l’ordre.

L’enquête menée par les forces de l’ordre de l’OMC Morondava s’est conclue par une arrestation, puis une libération. Mamy Meryson Claver a été présenté publiquement lors d’une conférence de presse samedi 23 novembre 2019 après-midi, où les enquêteurs ont montré les preuves saisies : cartes d’électeurs et cahiers contenant les listes.

Il a été retenu pendant 48 heures au bureau de la gendarmerie à Morondava avant d’être libéré le mardi 26 novembre 2019, soit la veille du scrutin. Sa remise en liberté a rapidement circulé en ville, attribuée à une intervention d’un membre du gouvernement et d’un élu local de Morondava. Personne ne s’est toutefois risqué à témoigner publiquement, même si la manœuvre politique est largement connue et difficile à contester.

 

L’affaire est ainsi restée en suspens, en partie sous la vigilance du Procureur en charge de l’examen du dossier.

Le candidat Mamy Meryson Claver a considéré sa libération comme une victoire. Ses partisans ont largement diffusé cette nouvelle via les réseaux sociaux et une radio privée locale, renforçant son image dans la partie est de Morondava, où il a remporté un important soutien.

Les résultats ont clairement divisé la ville : le candidat arrivé deuxième, IRK, a dominé les fokontany du centre-ville, tandis que Mamy Meryson Claver, cinquième candidat, a su s’imposer dans la zone est de la commune.

Malgré l’intervention politique lors de la première arrestation, le Procureur de Morondava a décidé de rouvrir l’affaire. Beaucoup se sont interrogés : « Qui fait quoi ici ? La loi sera-t-elle réellement appliquée à Morondava ? Quelle est l’influence des hommes politiques sur la justice ? Allons-nous enfin respecter la législation en vigueur, notamment concernant la collecte des cartes d’électeurs lors de chaque élection dans notre pays ? »

Il apparaît que la justice de Morondava affirme son indépendance. Cette position, difficile à tenir, témoigne de la volonté d’imposer l’État de droit, même face aux pressions politiques exercées par les soutiens du pouvoir en place, liés par des liens d’alliance et d’intérêts avec le candidat Mamy Meryson Claver. Ces interventions relèvent d’une forme de corruption manifeste. Certains vont même jusqu’à se demander : « Y aurait-il des intérêts financiers derrière toute cette affaire ? » Il paraît en effet improbable qu’un homme politique légitime et proche du pouvoir ne soutienne pas le candidat officiel du gouvernement, tout en protégeant un candidat indépendant.

Le jeudi 2 janvier, à 9 heures du matin, Mamy Meryson Claver a été arrêté dans le fokontany Andakabe. Il a été placé en détention provisoire deux heures plus tard, sur décision du Procureur de Morondava.

 

Mobilisation des partisans

 

Les proches du candidat ont commencé à se rassembler dès le vendredi 3 janvier au soir dans le « Quartier général » d’Ambalanomby pour réclamer la libération de leur candidat, arrêté et placé en détention provisoire. Ils ont exprimé leurs revendications à travers des banderoles. La police a dispersé pacifiquement le rassemblement en début de soirée.

Par ailleurs, certains hommes politiques ont fait des déclarations en invoquant des considérations ethniques pour demander la libération du candidat. Il convient de rappeler qu’il s’agit avant tout d’une affaire politique.

 

Infraction ou affaire politique ?

 

Face à cette situation, les avis divergent. Certains affirment qu’il s’agit avant tout d’un règlement de comptes politique, soulignant que le candidat du parti IRD, battu, tente par ce biais d’entraver la victoire d’un candidat indépendant. Il est toutefois important de noter que le candidat en question avait déjà été arrêté avant même le début du vote.

  • La Constitution malgache protège la liberté de choix de chaque citoyen, affirmant que le pouvoir appartient au peuple qui désigne librement ses représentants pour gérer la commune (article 5). Cette liberté fondamentale est garantie par la Constitution (articles 7 et 10).
  • Cette philosophie est également respectée dans la loi-cadre amendée 2018-008 sur les élections et les référendums.
  • La carte d’électeur est un document officiel attestant de l’inscription d’un électeur sur les listes électorales (article 45 de la loi 2018-008). L’inscription sur les listes électorales est une condition impérative pour pouvoir voter ou se porter candidat (article 3). Cette carte est personnelle et nominative, et en cas de perte ou de détérioration, une déclaration doit être faite pour en obtenir un duplicata (article 49).

Il est rappelé que toute falsification des documents électoraux, y compris la carte d’électeur, est punie par la loi (article 229 de la loi 2018-008).

 

Pressions exercées sur les électeurs

 

Cette affaire constitue une forme directe de pression sur les électeurs, totalement contraire aux principes démocratiques, d’autant plus qu’elle s’accompagne de dons d’argent et de seaux spécifiques aux personnes dont les cartes ont été récupérées. Ce contexte illustre bien la problématique du « vote acheté », une pratique fragilisant la démocratie et alimentée par la pauvreté, qui s’apparente à une forme de corruption.

Le candidat concerné n’a pas caché cette stratégie lors de ses meetings, notamment dans l’est de Morondava, où il a obtenu son plus grand nombre de voix. Il a publiquement déclaré : « Pour vous qui avez votre carte chez nous, il y aura une petite distribution, cela se passera à (indication du lieu et de l’heure) ». Il a insisté à plusieurs reprises : « Soyez clairs, ces cartes sont pour vous. » Parfois, il précise même un chiffre tout en avertissant : « N’allez pas ailleurs, vous n’en aurez pas. »

Face à cette situation, la population de Morondava semble peu réactive, préoccupée par son quotidien après les nombreuses fêtes successives. Les partisans du candidat ont organisé un meeting dans le quartier où se situe le bureau de campagne du candidat détenu, déployant des banderoles et faisant des déclarations dans certains médias locaux. Des forces de l’ordre ont été visibles, circulant à pied ou en véhicule, et des renforts du FIP et du FIGN venus d’Antananarivo sont également arrivés à Morondava pour appuyer les opérations.

 

Réunion à la recherche de solutions

 

Les 4 et 5 janvier 2020, une série de rencontres rassemblant les notables de Morondava a eu lieu. Vingt d’entre eux ont rencontré le préfet et le gouverneur lundi matin à la préfecture, sous la direction du préfet qui a ouvert la séance. Les notables ont exposé leurs préoccupations concernant l’arrestation et la détention provisoire de Mamy Claver. Ils estiment que cette situation ne favorisera ni la paix ni la stabilité à Morondava, et ont demandé la libération immédiate de Mamy Claver ou, à défaut, sa mise en liberté provisoire en attendant son procès. Roberto Miadamana, maire de Bemanonga, a exprimé publiquement l’opposition de la région du « Grand Sud-Est » à cette arrestation, appelant à éviter toute instrumentalisation ethnique dans ce dossier.

Selon le résumé communiqué par le préfet aux journalistes, les doléances ont été reçues et feront l’objet d’examens approfondis.

Dans la soirée, 69 autres notables se sont réunis à l’Espace Chris, formalisant six points principaux dans un document écrit :

  • Instaurer la confiance dans une justice indépendante et lui permettre de travailler librement.
  • Refuser toute tentative de pression, directe ou indirecte, sur la justice.
  • Exiger l’application de la loi pour tous.
  • Rejeter toute action susceptible de troubler la paix sociale et la cohésion à Morondava.
  • Refuser toute instrumentalisation ethnique dans cette affaire.
  • Demander à la CENI ou au CED des éclaircissements sur cette situation.

Cette résolution a été transmise au gouverneur le lendemain. Les journalistes n’ont pas été autorisés à assister à cette réunion, mais une déclaration a été faite à leur intention ensuite.

 

Libération provisoire de Mamy Claver

 

La nouvelle de la libération imminente de Mamy Claver a soudainement circulé au centre-ville de Morondava : il devait sortir de prison le mercredi 8 janvier 2020. Effectivement, il a été libéré dans la nuit, aux alentours de 19 heures.

Cette libération a suscité de nombreuses interrogations. Parmi les questions soulevées : quelle est la réalité derrière cette affaire qui semble devenir un jeu ? Quand le dossier reprendra-t-il son cours ? Y a-t-il des enjeux politiques cachés ? Le Procureur a-t-il subi des pressions ? Pourquoi s’acharne-t-on ainsi contre ce candidat ? Aura-t-il véritablement la possibilité de diriger la commune, ou restera-t-il sous influence du pouvoir en place ?

Le Procureur de Morondava a précisé que cette sortie correspond à une liberté provisoire.

Cette décision est-elle liée à la réunion des notables avec les autorités locales tenue lundi matin ? Impossible à dire pour l’instant, l’affaire est toujours en cours.

Madagascar est un pays de droit où le respect de l’indépendance judiciaire, par la liberté accordée à la justice pour agir ainsi que par la surveillance rigoureuse de son fonctionnement, est un devoir pour tous, quels que soient leur statut ou leur position. Tous sont égaux devant la loi (article 6 de la Constitution malgache).

À ce jour, la date du procès n’a pas encore été fixée, d’autant que la justice est actuellement en période de vacances judiciaires.

 

Par : Naboto et Volanamazava