Environnement

Gestion des récompenses du crédit carbone en Afrique : Paiements directs aux communautés en Côte d’Ivoire, circuits opaques à Madagascar

Malina Admin . Administrateur
Publiée le 1/5/2026
Partager

À Madagascar, les communautés locales jouent un rôle central dans la protection des forêts, souvent dans un contexte marqué par des menaces et des violences. Dans le cadre des mécanismes REDD+ et des crédits carbones, leur engagement est censé être rémunéré à travers le partage des revenus générés. Sur le terrain, la mise en œuvre reste toutefois entravée par des retards de paiement, un manque de consultation et des processus de décision peu transparents. À l’inverse, en Côte d’Ivoire, les bénéficiaires sont sélectionnés via des appels à manifestation d’intérêt ouverts et les paiements effectués directement par mobile money ou virement bancaire. Ces écarts interrogent la gouvernance et l’équité du partage des bénéfices carbone.

 

VOI : des acteurs clés sous haute tension

Les communautés locales, dont les Vondron’olona Ifotony (VOI) ne sont pas de simples gestionnaires de territoire : elles incarnent le maillon essentiel de la gouvernance environnementale à Madagascar. Leur engagement quotidien dans la surveillance, la restauration et la protection des forêts fait d’elles des interlocutrices privilégiées pour comprendre l’état réel du patrimoine naturel.

À Madagascar, les organisations communautaires occupent une place centrale dans la protection des ressources naturelles. Elles incarnent une forme concrète d’engagement citoyen. Des communautés qui s’organisent, surveillent, restaurent et défendent leurs forêts face aux pressions croissantes.

Selon les données de la plateforme nationale SIG-TGRNR, le pays comptait en 2023 environ 1 559 Vondron’olona Ifotony (VOI) recensées et actives sur l’ensemble du territoire. Ensemble, ces structures communautaires assurent la gestion d’environ 3 400 000 hectares de ressources naturelles, principalement des forêts et des zones transférées en gestion locale. Ce chiffre donne la mesure de leur importance. Ces superficies représentent près d’un quart des forêts du pays (environ 26 %). Autrement dit, une part modeste mais significative du patrimoine forestier national repose aujourd’hui sur la gouvernance locale et la mobilisation des communautés de base.

 

Leur action s’inscrit dans un cadre juridique spécifique, fondé notamment sur la Loi n°96-025 relative à la gestion locale des ressources naturelles renouvelables, ainsi que sur ses textes d’application : Décret n°2000-027, Décret n°2000-028, Décret n°2001-122. Ce dispositif légal formalise le transfert de gestion aux communautés et reconnaît leur rôle dans la conservation, l’exploitation durable et la surveillance des ressources naturelles.

Ainsi, derrière les chiffres, c’est tout un modèle de gestion participative qui se dessine : une gouvernance environnementale ancrée dans les territoires, mais confrontée à des défis sécuritaires, économiques et institutionnels majeurs.

Entre 2015 et 2025, la défense communautaire des forêts à Madagascar s’est exercée dans un climat de tension croissante. Les menaces, assassinats ciblés et attaques collectives illustrent la vulnérabilité des VOI. En 2022, Mickaël Stenor, patrouilleur communautaire, et Henri Rakotoarisoa, président d’une VOI, ont été assassinés pour avoir dénoncé des exploitations illégales. En 2023, Angélique Decampe a été explicitement menacée de mort après avoir documenté des activités clandestines dans la forêt de Vohibola. Enfin, en 2025, le village de Makirovana-Tsihomanaomby a subi une attaque coordonnée : plus de 80 habitations détruites, des infrastructures incendiées et des habitants contraints de fuir. Ces événements montrent que l’engagement citoyen dans la protection forestière s’expose à des violences directes et à des risques extrêmes.

 

Ces violences, qu’elles soient individuelles ou collectives, soulignent à quel point la protection des forêts s’exerce dans un contexte à la fois humainement fragile et environnementalement critique. Derrière chaque menace et chaque attaque, c’est la survie même des écosystèmes malgaches qui est mise en jeu, et les chiffres de la déforestation révèlent l’ampleur de ce défi.

 

Perte forestière et émissions de carbone : l’ampleur du phénomène

Entre 2020 et 2024, la surface de forêts détruites chaque année à Madagascar correspond à environ 27 fois la superficie d’Antananarivo Renivohitra. Cette estimation repose sur une comparaison entre les données publiées par le Programme des Nations Unies pour les établissements humains en 2012 (superficie d’Antananarivo Renivohitra : 86,4 km²) et les statistiques de Global Forest Watch, qui évaluent la perte annuelle de forêts à 57 000 hectares. Cette mise en perspective vise à donner une image concrète de l’ampleur de la déforestation.

Selon les chiffres de Global Forest Watch, Madagascar disposait en 2020 de 16 millions d’hectares de forêts, couvrant 26 % du territoire national, soit un peu plus du quart de la superficie de la République de Madagascar. En 2024, 230 000 hectares avaient disparu, réduisant la couverture forestière à 15,77 millions d’hectares. Cette destruction entraîne l’émission de gaz polluants, notamment le dioxyde de carbone (CO₂), un gaz invisible aux effets mesurables à travers les multiples dérèglements qu’il provoque.

 

La dégradation des forêts n’affecte pas uniquement les écosystèmes qu’elles abritent. Elle fragilise également les conditions de vie humaines. Le dérèglement climatique s’accentue, entraînant une hausse des températures, une baisse des précipitations, l’assèchement des sources en eau et la progression de l’aridité. Ces changements perturbent les calendriers agricoles, entraînant une baisse des rendements et un risque accru d’insécurité alimentaire. Ils s’accompagnent également de conséquences sanitaires, directes ou indirectes.

 

110 Million de tonnes de CO2 émises, en 4 ans

D’après les estimations de Global Forest Watch, la perte de 230 000 hectares de forêts sur quatre ans a généré l’émission de 110 millions tonnes de CO₂.

Sur la même période (2020–2024), le nombre de décès liés aux maladies respiratoires dues à la pollution de l’air aurait augmenté de 11 % à Madagascar. L’analyse croisée de données issues de sept sources distinctes — Global Forest Watch, PNUE 2022, IPCC AR6, OMS, GAHP (Global Alliance on Health and Pollution), Pure Earth et Afrobarometer (2024) — indique qu’en 2020, la pollution atmosphérique était associée à 2 décès sur 10 dans le pays. En 2024, cette proportion serait passée à 3 décès sur 10.

 

En termes simples, la forêt joue un rôle essentiel de régulation écologique en capturant le carbone atmosphérique. Son fonctionnement repose sur le processus de photosynthèse : exposées à la lumière solaire, les feuilles absorbent le dioxyde de carbone (CO₂) et libèrent de l’oxygène (O₂), indispensable à la respiration des êtres vivants. L’ensemble des arbres constituant une forêt agit ainsi comme un vaste réservoir de carbone. Cette fonction écologique montre l’importance stratégique de protéger les forêts.

 

Les VOI : au cœur du mécanisme REDD+

Comme dans de nombreuses régions du monde, les forêts à Madagascar ne sont pas seulement des sanctuaires de biodiversité, mais aussi de véritables puits de carbone. C’est ce rôle qui fonde le mécanisme REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts), un programme international visant à transformer la protection forestière en revenus.

Le principe est simple : chaque hectare de forêt préservé correspond à une quantité de CO₂ stockée. Ce carbone est converti en « crédits carbone », vendus sur le marché international. Les fonds issus de cette vente sont censés financer la conservation et récompenser ceux qui assurent la protection des forêts, dont les Vondron’olona Ifotony (VOI).

En 2021, Madagascar a signé un accord avec la Banque mondiale par l’intermédiaire du Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF). Dans ce cadre, le FCPF a acheté les crédits carbones mesurés entre 2020 et 2024, issus des forêts couvertes par le programme de réductions des émissions Atiala Atsinanana (PREAA).

 

Le montant total est estimé à 50 millions de dollars, à verser en trois tranches. La première tranche, correspondant au carbone mesuré en 2020, s’élevait à 8,8 millions de dollars et a été reçue en décembre 2023. La deuxième tranche évaluée à 30 millions de dollars, correspondant au carbone mesuré entre 2021– 2022, et la troisième tranche (2023–2024) sont encore en attente, soumises à vérification et approbation des plans locaux.

15 initiatives REDD+ à Madagascar tirent des revenus de la vente de Réductions d’Émissions (RE). Réparties dans cinq régions : Sava, Sofia, Atsinanana, Analanjirofo et Alaotra-Mangoro), elles incluent des aires protégées comme Mantadia–Analamazaotra, gérée par Madagascar National Parks, et le Corridor Ankeniheny-Zahamena, géré par Conservation International. Au total, 119 communes situées autour de ces initiatives bénéficient également de ces revenus.

La répartition est cadrée par l’Arrêté Interministérielle numéro 2860 – 2024 du 04 avril 2024, portant partage du revenu de la première période de mesure de performance de montant 35 563 903 942,13 Ariary dans le cadre du Compte d’Affectation Spéciale intitulé « Crédit Carbone REDD+ »

 

Sur le papier, 80 % des fonds reviennent aux bénéficiaires locaux dont 60% pour les initiatives REDD+, 5% pour les récompenses des communautés locales, 5% pour les récompenses des communes, 2% pour les activités de suivi par les communes, et 8% pour les services sociaux et la sécurité des communes.

Les récompenses destinées aux communautés locales servent à financer des activités génératrices de revenus ou des services sociaux. Elles profitent non seulement aux VOI, mais aussi aux associations de femmes, aux jeunes et aux personnes marginalisées. Du côté des communes, les récompenses sont investies dans les infrastructures sociales.

 

Toutefois, la réalité observée sur le terrain est plus contrastée.

Deux ans après la réception de la première tranche, les retombées issues de la vente de carbone achetée par la Banque mondiale parviennent-elles réellement aux bénéficiaires à la base ? L’équipe de MALINA a mené une enquête dans les communes bénéficiaires de la région Alaotra Mangoro, de juin à novembre 2025.

À Fierenena, Didy ou Andasibe, les VOI ignorent souvent le montant exact de leur part ou ne l’ont pas reçue. Les fonds se perdent dans les circuits bureaucratiques, les plans d’utilisation des communes prennent le pas sur les priorités locales, et la récompense destinée aux VOI reste invisible. Deux ans après la première tranche, les bénéficiaires locaux restent encore dans l’attente.

 

A Fierenena, la transparence se perd dans la bureaucratie

À 90 km de Moramanga, la commune de Fierenena figure parmi les bénéficiaires de revenus carbone financé par la Banque mondiale. Son territoire comprend une zone forestière intégrée dans le Corridor Ankeniheny-Zahamena (CAZ), gérée par Conservation International (CI).

Pourtant, derrière les chiffres et les projets, la réalité sur le terrain est moins évidente. Sur les 11 VOI de la commune, 6 ont été sélectionnés pour toucher une partie de la récompense. Le montant total attribué aux VOI du corridor s’élève à 370 742 000 Ariary, tandis que 80 VOI au total bénéficient de la récompense dans les régions Atsinanana et Alaotra-Mangoro. Mais à Fierenena, les VOI ignorent le montant exact de leur part ; ils n’en ont entendu parler que par des rumeurs..

Le plan officiel de partage des bénéfices du programme de réductions des émissions Atiala Atsinanana (PREAA) prévoit pourtant que chaque VOI participe à l’élaboration d’un Plan d’Utilisation (PLUT). La répartition des bénéfices carbone entre les acteurs au sein de chaque initiative sera définie à travers PLUT, élaborés en concertation avec les parties prenantes représentées dans une structure existante au niveau des communes concernées par l’initiative. Ces PLUT seront validées par la structure de gouvernance de l’initiative puis approuvée par la BNCREDD+. Sur le terrain, cependant, la consultation semble rester lettre morte.

 

Fierenena est reconnue comme le grenier à riz du district de Moramanga. Lors des échanges avec les autorités, les VOI ont mis en avant leurs priorités, notamment l’accès à des équipements agricoles, le développement d’infrastructures d’irrigation et l’approvisionnement en semences afin d’améliorer la production.

Mais la bureaucratie a tranché autrement. À la demande du gestionnaire de l’aire protégée, le maire reconnaît avoir élaboré un plan d’utilisation à la place des VOI, sans avoir consulté leur avis. L’utilisation des récompenses a ainsi été engagée pour acheter des tôles, du ciment et de la peinture afin de rénover les écoles publiques. Selon Rameson Hariniaina, responsable de Conservation International à Toamasina, « les récompenses destinées aux VOI ont été définies sur la base des demandes des VOI et de la commune ».

Les VOI contestent cette version. Ramiandrisoa, président du VOI Amparihivola, affirme que leurs aspirations n’ont jamais été prises en compte. Ranaivoson Dieu Donné, président de la Fédération des VOI de Fierenena, insiste : « L’idée concernant l’utilisation de la récompense ne vient pas des VOI. C’est le maire qui a été chargé par Conservation International d’élaborer le budget. »

 

Ce n’est qu’après la présentation du projet élaboré par le maire que CI a informé les VOI de l’existence de la récompense. Le maire, Razanadratovo Thomas, confirme que la commune a conçu le budget. De son côté, Rameson Hariniaina indique que les VOI ont été informés du montant de leur part, ce que certains contestent encore.

Malgré leurs doutes, les VOI ont accepté de rédiger une demande de matériaux pour la rénovation des écoles, même si le projet ne venait pas d’eux. Six écoles publiques devraient ainsi bénéficier de cette récompense carbone.

Ailleurs, l’incompréhension persiste. Rakotonindriana Désiré, responsable de la Fédération Fitokisana dans la commune de Didy, s’interroge : « Pourquoi nos avis ne sont-ils pas pris en compte ? Et pourquoi le montant qui nous est destiné reste-t-il flou ? »

 

Une intervention du maire au détriment de l’autonomie des VOI ?

Concernant l’utilisation de la récompense destinée à la VOI, Haingomanantsoa Rija Tahiana, responsable du mécanisme REDD+ a expliqué que le maire n’y est pas inclus, étant donné que la commune dispose déjà de sa propre part de récompense. Il est possible que l’avis du maire soit sollicité, mais selon ce qui est prévu dans le plan de partage, il n’est pas obligatoire de consulter le maire pour déterminer l’utilisation de la récompense de la VOI.

Le plan de partage définit tous les détails relatifs à l’utilisation des fonds. Il est obligatoire de consulter la VOI concernant l’utilisation de leur récompense. Il a été convenu que le gestionnaire des Aires Protégées est responsable de la gestion de la récompense destinée à la VOI. Ensemble avec la VOI, ils élaborent le PLUT. Ce processus est assez complexe, prend du temps et engendre des coûts, notamment parce qu’il n’est pas facile de rassembler les participants. Pour le premier paiement, le processus a été accéléré, ce qui fait que les consultations menées n’ont peut-être pas été totalement exhaustives.

 

Le mécanisme REDD+ peine à parvenir jusqu’aux VOI

Deux ans après la réception de la première tranche de la vente de carbone financée par la Banque mondiale, les VOI de Fierenena et Didy n’avaient toujours pas reçu leur récompense en novembre 2025, au moment de l’enquête. La livraison des fonds, initialement prévue pour décembre 2025, semble compromise. Rameson Hariniaina a confirmé que les fonds ne seraient pas disponibles à cette date.

Selon Haingomanantsoa Rija Tahiana, responsable du mécanisme REDD+, ce retard s’explique par la complexité de la mise en œuvre et des procédures d’approbation des PLUT : « Les fonds destinés à Conservation International (CI) n’ont été reçus qu’en décembre 2024. Certains travaux nécessitant des appels d’offres ont également connu des retards. »

L’utilisation de cette première tranche des fonds carbone se poursuivra jusqu’en juin 2026, selon le responsable de la promotion du REDD+ à Madagascar. La deuxième tranche, estimée à environ 30 millions de dollars, correspond au carbone mesuré entre 2021 et 2022.

 

Avant tout paiement, quatre conditions doivent être respectées : vérification du volume de carbone commercialisable, rapport sur la mise en œuvre des actions de protection, rapport sur l’utilisation des fonds pour la protection des forêts en dehors des aires protégées, rapport sur la répartition des fonds. Ces documents sont déjà transmis au bailleur, mais les VOI n’ont toujours pas reçu leur part.

Cette situation illustre les difficultés rencontrées pour traduire les engagements financiers du mécanisme REDD+ en actions concrètes sur le terrain.  Malgré leur rôle essentiel dans la protection des forêts et la préservation de la biodiversité, les VOI se sentent souvent marginalisées dans la gestion des ressources qu’elles défendent. Les situations observées à Fierenena, Didy montrent que l’engagement citoyen peut se heurter à des mécanismes de décision opaques, marqués par des informations partielles, des plans d’utilisation des fonds élaborés par d’autres acteurs et versements retardés. Ce manque de transparence ne relève pas seulement d’un dysfonctionnement administratif. Il limite également l’autonomie des VOI et leur capacité à exercer pleinement le pouvoir qui leur est théoriquement attribué.

 

L’expérience ivoirienne, autour du Parc National de Taï :

 

« Les bénéficiaires directs non institutionnels sont sélectionnés à travers un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) ouvert au public (…) Les bénéficiaires reçoivent pour la majorité leur argent via un transfert mobile money, directement sur leurs numéros de téléphone ou par virement bancaire. »

Parmi les 15 pays dans le monde ayant conclu un accord d’achat de crédits carbone avec la Banque mondiale, cinq se trouvent en Afrique : le Mozambique, la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Ghana et la République démocratique du Congo. La Côte d’Ivoire s’est particulièrement distinguée en devenant le premier pays africain et le deuxième au monde après le Vietnam à remplir l’ensemble des conditions de cet accord. Le pays a déjà reçu deux tranches de paiements carbone, pour un total de 50 millions de dollars. En Côte d’Ivoire, la carte de la transparence dans le mécanisme de partage et de paiement de bénéficesa contribué à atteindre ce résultat. « Les bénéficiaires directs non institutionnels sont sélectionnés à travers un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) ouvert au public (…) Les bénéficiaires reçoivent pour la majorité leur argent via un transfert mobile money, directement sur leurs numéros de téléphone ou par virement bancaire. », a expliqué Eric Konan (EK), Coordonnateur du Projet de Paiement des Réductions d’Emissions autour du Parc National de Taï en Côte d’Ivoire, pendant un entretien qu’il a accordé à l’équipe de Malina (MLN). L’interview.

 

MLN : Combien de l’argent issu de la vente de crédits carbone est reversé aux communautés locales ?

EK : Selon le Plan de Partage des Bénéfices (PPB), les communautés locales reçoivent 50% de l’argent issu des ventes des crédits carbone. 

 

MLN : Qui sont réellement les bénéficiaires au sein de ces communautés locales ?

EK : Les bénéficiaires directs sont tous les acteurs individuels ou en groupe qui ont contribué à la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur une période de rapportage donnée à travers des activités d’agroforesterie, de reboisement ou de conservation forestière dans les régions de la zone du Projet PRE (Cavally, Gbôklê, Guémon, Nawa et San-Pedro). Vous avez donc des associations de femmes, des associations de jeunes, des producteurs de cacao agroforestiers individuels et même des villages.

 

MLN : Comment les bénéficiaires directs non institutionnels sont-ils sélectionnés ?

EK : Les bénéficiaires directs non institutionnels sont sélectionnés à travers un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) ouvert au public, pour une inscription sur notre plateforme en ligne (www.projetpre.ci). Les potentiels bénéficiaires y renseignent les différentes informations qui sont demandées, après l’ouverture d’un compte : notamment, entrer ses informations personnelles, nom, prénom, numéro de téléphone, l’activité qui a été réalisée, parce que je rappelle que sont payées les activités de reboisement, d’agroforesterie et de conservation des forêts, indiquer la superficie, joindre le fichier qui indique la localisation de la parcelle. Et une fois fait, les vérifications ultérieures vont permettre de confirmer la véracité des informations fournies et de procéder au paiement. Pour ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment l’outil informatique, ils ont la possibilité de se rapprocher de nos partenaires au niveau local. Ce sont les représentations locales des ministères en charge de l’environnement, des ministères en charge des forêts, des ministères en charge de l’agriculture et de leurs différentes structures sous tutelle, notamment l’OIPR qui est l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves, la SODEFOR qui est la Société de Développement des Forêts, l’ANADER qui est l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural et le Conseil du Café et du Cacao. En plus des partenaires que j’ai cités, il y a aussi la possibilité de se faire recenser auprès des collectivités territoriales, dont les conseils régionaux des différentes régions que j’ai citées précédemment, et aussi les sous-préfectures et préfectures de nos différentes régions de mise en œuvre du projet.

 

MLN :  Quels types d’avantages reçoivent-ils et comment l’argent leur est-il transféré ?

EK : Il faut dire que dans ce projet les bénéficiaires reçoivent des avantages en fonction de leur rendement. Ces avantages sont essentiellement pécuniaires. De cette façon, le Projet PRE contribue à créer un modèle de développement économique durable qui améliore les moyens de subsistance des populations tout en luttant contre la déforestation et la dégradation des forêts. Le transfert des fonds aux bénéficiaires directs est assuré par la Fondation pour les Parcs et Réserves de Côte d’Ivoire (FPRCI). Les bénéficiaires reçoivent pour la majorité leur argent via un transfert mobile money, directement sur leurs numéros de téléphone ou par virement bancaire.

 

MLN : Combien de personnes ont déjà bénéficié de ce dispositif jusqu’à présent ?

EK : À ce jour, les fonds qui sont exécutés concernent les fonds de la première période de rapportage du projet (2020-2021), qui sont d’ailleurs en cours de distribution. Il s’agit d’environ 30 000 bénéficiaires concernés, dont un peu plus 16 000 ont déjà reçu leur paiement et les paiements se poursuivent pour arriver à payer l’entièreté de ces bénéficiaires.

 

MLN :  Disposez-vous d’un budget de communication spécifique pour la campagne PRE ?

EK : Ce budget provient-il du fonds carbone obtenu auprès de la Banque mondiale ou des fonds propres du REDD+ ? Déjà, en tant qu’entité de coordination du Projet, nous sommes aussi bénéficiaires des fonds issus des émissions réduites auprès de la Banque mondiale. Une partie de ces fonds est donc utilisée pour assurer la communication sur le Projet à travers des actions d’information et de sensibilisation sur la mise en œuvre du Projet PRE.

 

MLN : Le versement du deuxième paiement du fonds carbone de la Banque mondiale dépend-il de l’utilisation du premier paiement ?

EK : Je dirais oui, dans la mesure où une des exigences dans le cadre de ce programme est d’assurer la bonne exécution du Plan de Partage des Bénéfices (PPB). Pour ce faire, avant d’accéder au second versement, il fallait que sur le premier versement reçu, le Plan de Partage des Bénéfices ait été correctement exécuté ou, du moins, ait eu un démarrage d’exécution avancé car, comme je l’ai indiqué précédemment, les paiements pour le premier versement sont en cours de distribution avec une dynamique qui montre l’exécution effective du Plan de Partage des Bénéfices.

 

 

Par : Lynda Andriantsitonta et Fah Andriamanarivo

Contributeur : Gaël Zozoro, journaliste indépendant, Côte d’Ivoire

Crédit photo : Nirina Rakotomiarintsoa