Social

L’Enseignement à Madagascar, un “Grand Corps malade” 

Malina Admin . Administrateur
Publiée le 27/8/2025
Partager

Les cris anonymes des enseignants malgaches, victimes de la corruption et des dérives politiques.

 

Ils se qualifient de « Ramose tongobolo », ils ne parlent que dans l’ombre à l’abri des regards indiscrets. Ils fixent au préalable les conditions d’une rencontre ou d’un entretien, puis ils s’effacent dans le silence pour survivre au rythme de diverses pressions : les intimidations et l’arbitraire politique. « Ils », ce sont des enseignants et enseignantes qui, sous un silence pesant, osent dénoncer sous couvert de l’anonymat le dysfonctionnement d’un système éducatif, gangrené par la politisation de l’administration, la corruption et le chantage. C’est dans ces conditions que cette enquête a été réalisé pour mettre au grand jour la maladie profonde de notre système éducatif. Des conditions réductrices pour un souci de respecter la règle de la transparence dans le traitement journalistique d’une enquête. Mais choisir de protéger les sources, c’est aussi faire primer l’intérêt public, même si cela bouscule parfois les contours classiques de l’éthique.

 

Soutien ou non intégration

 

Après plusieurs mois de discussion et de mise en confiance, un rendez-vous est enfin fixé, malgré les doutes et une méfiance palpable. Il se tient dans un endroit discret du quartier d’Ampasambazaha au centre-ville de Fianarantsoa. Bako (nom d’emprunt), institutrice dans une École Primaire Publique (EPP), accepte de témoigner, sous la présence vigilante de sa mère.

Ils sont 90 enseignants non-fonctionnaires (ENF), dont de nombreuses femmes, à attendre un contrat de travail au sein de la circonscription scolaire (CISCO) de Fianarantsoa I. La plupart occupent ce poste depuis plus de dix ans. Chaque année, une promesse de contractualisation leur est faite. Mais chaque année, la désillusion revient : aucun contrat ne se matérialise. À chaque élection, leur espoir renaît. Le discours reste le même : leur intégration dépend de leur soutien au « candidat de l’État », qu’il s’agisse d’élections présidentielles, législatives ou communales.

 

Bako fait partie de ces 90 enseignants. Depuis 2020, elle dit avoir reçu des engagements conditionnés à leur appui aux candidats de la plateforme IRMAR/TGV. Mais, malgré leur mobilisation, aucun recrutement n’a suivi.

« En 2023, même rengaine. On nous a demandé de faire campagne pour le président sortant Andry Rajoelina, puis pour Marie Michelle Sahondrarimalala lors des législatives de 2024. On quitte nos foyers tôt le matin pour faire du porte-à-porte. On nous impose d’assister aux meetings, sans aucune compensation. Tout est à nos frais. Il nous arrive même de sécher nos cours pour cela. Ces activités sont validées par des fiches de présence », témoigne-t-elle. Après chaque élection, l’administration leur demande encore de préparer, à nouveau, leur dossier d’intégration.

Le cas de Bako n’est pas isolé. D’autres enseignants fonctionnaires, non-fonctionnaires ou contractuels évoquent des pressions similaires : « Il faut intégrer le parti au pouvoir ou soutenir ses candidats lors des élections pour espérer conserver son poste », affirme l’un d’eux.

Dans certaines zones, la volonté de préserver la neutralité de l’administration est lourdement sanctionnée. À Antsirabe II, le chef de la Zone administrative pédagogique (ZAP), qui aurait tenté d’imposer l’impartialité, aurait été limogé sans préavis. D’autres responsables éducatifs, notamment à Mandoto ou à Alakamisy dans la région du Vakinankaratra, auraient connu le même sort. Dans la Région Amoron’i Mania, un ancien personnel administratif du ministère de l’Éducation nationale, basé dans la région Amoron’i Mania, partage son propre vécu : « J’ai travaillé pendant onze ans. Ma seule faute a été de refuser de soutenir le candidat du pouvoir. J’ai été écarté. Aujourd’hui, je suis sans poste. »

 

Répartition illégale

 

À Madagascar, les enseignants sont inégalement répartis et près d’un tiers de la variation du nombre d’enseignants ne dépend pas de la variation du nombre d’élèves. La plupart des zones rurales connaissent de graves pénuries d’enseignants, et les enseignants qualifiés sont particulièrement rares. De même, les enseignants sont inégalement répartis au sein des établissements scolaires. Ces déséquilibres influent sur les résultats d’apprentissage, au détriment des élèves les plus jeunes ainsi que des élèves vivant dans des zones rurales et éloignées. Pour relever ces défis, le Ministère de l’éducation nationale (MEN) a lancé en 2017 la Politique enseignante, qui introduit plusieurs mesures visant à « rationaliser » le recrutement et le déploiement des enseignants (Gouvernement de Madagascar, 2017). Ces informations émanent du rapport de “ Teachers For All Madagascar” initié par Unicef, en Novembre 2024.

Plus de cinq ans après la mise en œuvre de ces politiques, les inégalités dans la répartition des enseignants à Madagascar persistent selon toujours ce rapport.En effet, pour l’année scolaire 2023-2024, le nombre total des enseignants dans tout Madagascar est de 104 913 pour les écoles primaires publics (EPP). Ce chiffre concerne les enseignants fonctionnaires, contractuels payés par l’Etat, FRAM (Fikambanan’ny Raiamandrenin’ny Mpianatra) subventionnés et FRAM non subventionnés. 9 enseignants sur 10, soit 4 540 d’entre eux enseignent dans les zones rurales et 10 373 dans les zones urbaines. 50831 sur les 104 913 soit 48,45% sont des femmes.

 

Selon ces statistiques provenant du site web du ministère de l’Education nationale (MEN),  seuls 2 enseignants sur 10, soit 26152 sur ces 104 913 sont des enseignants qualifiés c’est à dire que “ils possèdent au moins les qualifications académiques minimales requises pour enseigner ses matières au niveau pertinent dans un pays donné au cours d’une année universitaire donnée”. (UNESCO)

Pour les collèges d’enseignement général (CEG), on compte pour l’année scolaire 2023-2024 un total de 38 733 enseignants répartis comme suit : 8 enseignants sur 10 dans les zones rurales, soit 31 423 enseignants et 7310 dans les zones urbaines. Les 16 373 de ces 38 733 (42,27%) sont des femmes. Sur les 38 733 enseignants auprès des collèges, 14 106 sont indexés comme qualifiés sur le site du MEN, soit plus de 3 enseignants sur 10.

 

Ratio élèves-enseignant élevé pour Madagascar

 

“À Madagascar, le recrutement massif d’enseignants communautaires dénommés communément FRAM au cours des deux dernières décennies a contribué à réduire la pénurie d’enseignants, avec le ratio élèves-enseignant (REE) national passant de 48 à 43 élèves par enseignant du primaire entre 2000 et 2022 (Gouëdard, 2023). Toutefois, des écarts marqués persistent entre les régions et les districts. Madagascar peine à déployer suffisamment d’enseignants dans les zones rurales et éloignées, en particulier en ce qui concerne les enseignants qualifiés, qui préfèrent travailler dans les zones urbaines et périurbaines du centre du pays”. (Source Teachers for All- Unicef Innocenti).

Malgré la politique enseignante et le plan sectoriel de l’éducation (2018-2022) élaborés par le gouvernement malgache, le ratio élève enseignant (REE) avoisine les 40 élèves pour un enseignant si l’on se réfère aux dernières statistiques du MEN pour l’année scolaire 2023-2024.

 

En effet, pour 2023-2024 l’on compte 4 216 596 élèves dont 3 773 988 en zones rurales et 442 608 dans les zones urbaines pour les EPP réparties dans toute l’île. Les CEG comptent par contre 796 364 collégiens dont 617 085 dans les zones rurales et 179 279 dans les zones urbaines.

Partant de ces informations, le REE dans les EPP est de 40 élèves pour un enseignant (REE 40 :1) dans les zones rurales contre un enseignant pour 43 élèves (REE 43 :1) dans les zones urbaines. Dans les CEG, le REE est de 25 élèves pour un enseignant dans les zones urbaines contre 20 :1 en rural.

Il n’existe pas de norme universelle sur le REE car l’UNESCO recommande des ratios élèves-enseignant adaptés au contexte de chaque pays et au niveau d’enseignement. Cependant, de nombreux experts recommandent des ratios compris entre 10 :1 et 20 :1 pour les écoles primaires et entre 15 :1 et 25 :1 pour les écoles secondaires, ce afin de “permettre aux enseignants de créer un environnement d’apprentissage sain et d’offrir un accompagnement personnalisé”.

 

Système éducatif : otage de la politique

 

Malgré toujours la politique de l’enseignement et le plan sectoriel de l’éducation du gouvernement, le nombre d’enseignants reste insuffisant surtout pour les enseignants qualifiés. Le ratio élèves enseignant est de 161 élèves pour un enseignant dit qualifié (source MEN).

Selon les informations, le dernier recrutement des enseignants date de 2023. Les réseaux sociaux sont assaillis par les sollicitations des sortants de l’Ecole normale supérieure (ENS) et du Centre Régional de l’Institut National de Formation Pédagogique (CRINFP). La promotion du CRINFP de 2021-2023 réclame urbi et orbi leur recrutement. Les enseignants communautaires ou FRAM ne sont pas en reste. Ils scandent leur reconversion d’ENF en contractuel.

Une sollicitation qui risque de faire chou blanc. Le 27 août 2024, Marie Michelle Sahondrarimalala, ministre de l’Education nationale (MEN) a expliqué sur la page facebook officielle du ministère de l’éducation nationale que “le recrutement des FRAM reste suspendu”. Cette décision date de 2020 selon les explications et la raison évoquée serait une amélioration de l’enseignement.

 

Pourtant la réalité en est toute autre.

 

Dans la circonscription scolaire (CISCO) de Fianarantsoa (F1), le rêve de quelques enseignants non-fonctionnaires (ENF) devient enfin une réalité. Après cinq années en ENF dans les EPP de cette CISCO, elles seront 14 ENF sur les 90 à obtenir leur contrat. Mais ce contrat a un prix. Ce ne sont aucunement les diplômes ni les anciennetés selon les témoignages. En effet, plusieurs d’entre elles sont dotées du certificat d’aptitude à l’enseignement dans les écoles primaires (CAE-EP) et du certificat d’aptitude pédagogique dans les écoles primaires (CAP-EP) mais n’ont pas été recrutées en tant que contractuelles.

 

Selon toujours les témoignages de Bako, il s’agirait d’un “cas spécial” car ce recrutement résulte d’une promesse émise en 2020. “ Nous étions à la solde du MEN. C’est la direction régionale de l’éducation nationale (DREN), la CISCO, les directeurs d’écoles qui sont chargés de nous surveiller. Que ce soit lors de l’élection présidentielle ou lors de la députation, on a été toujours présents. (…) Nous avons fait des portes à portes incitant les citoyens à voter pour Rajoelina et Marie Michelle Sahondrarimalala. Nous devons assister à tous les meetings avec tee-shirts et scandant les goodies à l’effigie du président Rajoelina et de Marie Michelle Sahondrarimalala. Et si l’on s’avisait de faire l’école buissonnière, le trio DREN, CISCO, les directeurs d’écoles nous remettaient à nos familles”.  La ministre Marie Michelle Sahondrarimalala nous a promis notre contrat qu’après son élection à la chambre basse. Ce qui a été chose faite pour 14 d’entre nous. D’après Bako, les 86 ENF restants attendent toujours leur contrat. Plusieurs d’entre eux sont enseignants non-fonctionnaires depuis 10 ans.

 

Critères de recrutement non respectés

 

L’Ancienneté et la quotation par zone d’administration pédagogique (ZAP) pour plus d’équitabilité. Ce sont les critères de base pour un recrutement d’un enseignant non-fonctionnaire. D’après un autre personnel enseignant à Fianarantsoa, l’appartenance politique encore moins la participation aux propagandes des candidats de l’Etat ne sont pas inclus dans les critères. “ Tout devrait être technique”, scande-t-il.

D’autres critères spécifiques comme les diplômes et la qualification seront ajoutés suivant la situation au sein des CISCO et des zones d’administrations pédagogiques (ZAP) selon les explications d’un technicien formateur pédagogique qui a requiert l’anonymat de peur de représailles.

 

Ces derniers critères ont entrainé des conflits car des enseignants de 2017 ont été recrutés avant les enseignants non-fonctionnaire depuis 2008. D’autres n’ont effectué qu’une année en tant que ENF et ont dépassé ceux qui sont en poste depuis une dizaine d’années.

Après plusieurs années de service, une commission locale dénommée “ Ampahibemaso” se chargera de convertir le statut d’ENF en enseignant contractuel. Tel que son nom l’indique, Ampahibemaso sera transparente et inclusive, permettant à toutes les représentations locales CISCO, ZAP, syndicats et même les ENF de suivre le processus. Les enseignants non-fonctionnaires sont classés dans une base de données suivant leur ancienneté. Logiquement, les recrutements devraient se baser sur ces données. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas.

Pour les diplômés de l’Institut National de Formation Pédagogique (INFP), des CRINFP, et de l’ENS, normalement ils sont recrutés et affectés par le MEN en tant que fonctionnaires ou enseignants contractuels.

 

Favoritisme et corruption

 

L’ingérence politique dans le système éducatif touche toutes les régions de Madagascar. Mise à part l’obligation de participer aux propagandes des candidats de l’Etat à chaque élection, le personnel enseignant dénonce également le favoritisme. Comme c’est le cas dans la région du Vakinankaratra. Dans cette localité, tous les ans, des recrutements sont effectués et des contrats sont toujours délivrés. On parle même de “recrutement clandestin” diligenté par des conseillers techniques, des élus ou des staffs de la classe dirigeante de la région. Pour 2024, 41 recrutements ont été effectués, dont 7 enseignants auprès des EPP, 1 dans un CEG et 33 auprès des écoles privées.

Selon les témoignages, certaines recrues sont affectées au niveau de la direction régionale de l’éducation nationale (DREN) ou la CISCO. En 2024, quatre enseignants non-fonctionnaires ont bénéficié d’un “ recrutement parachute”. Ils rejoignent le corps du personnel administratif. Dans ce recrutement “ parachute”, aucune qualification ni diplôme n’est requis.

 

Autre cas de favoritisme, des enseignants privés obtiennent leur contrat dans une EPP et demandent une EPP de leur choix après quelques mois de service. C’est le cas d’un personnel enseignant à l’EPP Bevokatra qui a demandé un transfert à l’EPP Mahazoarivo I même pas en un an, pour l’année scolaire 2024-2025, toujours dans cette région du Vakinankaratra.

Dans la région d’Amoron’i Mania, des personnels enseignants veulent se reconvertir en personnel administratif. Sur 60 enseignants en moyenne, 12 demandent à être personnel administratif. Ce qui n’est sans conséquence sur l’enseignement. “ Un seul enseignant se charge du cycle complet c’est à dire T1 à T5, alors que dans une autre école en zone urbaine, un enseignant est inactif”.

 

26 000 postes budgétaires : nouvel espoir ou effet d’annonce ?

 

Il faut savoir que le recrutement des FRAM devait se terminer en 2018 suivant les recommandations de la Banque Mondiale. Le programme de recrutement des enseignants FRAM initié par la Banque Mondiale a débuté en 2011 et devait durer 7 ans. Selon les informations, 70 000 enseignants non-fonctionnaires devaient être recrutés en sept ans soit 10 000 ENF par an avec des critères imposés par cette institution financière internationale. Actuellement, il ne devrait plus rester aucun ENF. “ Puisque le recrutement a été tellement politisé, il reste encore des milliers d’enseignants FRAM non recrutés qui attendent vainement leur contrat”.

Les enseignants voient leur espoir renaître après l’annonce de la vague de recrutements claironnée par Marie Michelle Sahondrarimalala, ministre de l’Éducation nationale lors du face à face avec les députés et les sénateurs respectivement les 13 juin et 16 juin derniers. Durant son intervention, la ministre a fait savoir que 3000 postes budgétaires seront disponibles pour 2025, et 9000 pour 2026. Durant trois années successives, un total de 26 000 enseignants seront recrutés fait savoir ce haut responsable du MEN.

La ministre de l’Éducation nationale n’a pas émis plus de détails sur le budget de ces recrutements. Aucune information n’a indiqué si les 3000 postes prévus pour 2025 s’accordent avec les prévisions des dépenses inscrites dans la Loi de Finances Initiale (LFI 2025). Ces dépenses ne sont greffées d’aucune révision faute de Loi de Finances Rectificative (LFR 2025).

 

Pour information, les prévisions de dépenses pour le MEN dans la LFI 2025 est de 1 590 975 386 milliards d’ariary. Les prévisions de dépense pour la Direction des Ressources Humaines (DRH) sont de 332 milliards 466 millions d’ariary pour 2025 contre 297 milliards 466 millions d’ariary en 2024. Pour la Direction de la Planification de l’Enseignement (DPE) en charge de recenser les besoins en enseignants, les prévisions de dépenses dans la LFR 2024 et la LFI 2025 restent constantes avec respectivement 99 milliards 661 millions d’ariary.

On observe une nette augmentation de ces prévisions de dépenses pour la LFI 2026 (1 803 milliards 406 811 millions d’ariary) et 2027 (1 997 milliards 513 909 millions d’ariary).

Mais certains enseignants semblent sceptiques quant à cette nouvelle “ Il fut une époque où on a annoncé le recrutement de 10 000 enseignants toute catégorie confondue dispatchés au niveau des CISCO. Cependant, la liste des enseignants recrutés n’est pas affichée. Personne n’est en mesure de vérifier si les 10 000 recrutés sont vraiment des sortants d’écoles, des ENF ou encore des personnels administratifs” témoigne un enseignant. “ Il faudrait un vrai miracle si on arrive à faire entrer 26 000 vrais enseignants sortants d’écoles, qualifiés avec une ancienneté respectant la base de données, sans ingérence politique sans favoristime et sans corruption”, nous confie-t-il.

 

Une maladie ancienne que les régimes successifs entretiennent

 

Il faut savoir que l’Education figure parmi les secteurs les plus exposés à la corruption au côté des Collectivités Territoriales Décentralisées, la Justice, le Service Foncier, la Gendarmerie Nationale, selon le rapport du Bianco en 2023. Une situation qui reste inchangée actuellement.

La politisation du système éducatif à Madagascar ne date pas d’hier. Depuis la Deuxième République, l’école publique a toujours été instrumentalisée comme levier de contrôle politique et de mobilisation électorale. L’AREMA hier, puis l’UNDD, le TIM, le HVM, et aujourd’hui le TGV et ses plateformes alliées au régime en place : tous ont, à divers degrés, transformé les structures éducatives en champ de manœuvres partisanes.

 

Affectations conditionnées, contrats bloqués, pressions hiérarchiques, propagande obligatoire : derrière les discours sur la réforme du secteur, le quotidien des enseignants révèle une mécanique d’instrumentalisation bien huilée. La méritocratie est systématiquement étouffée, la neutralité de l’administration bafouée, et l’avenir des élèves compromis par des logiques clientélistes.

À travers les voix anonymes de celles et ceux qui enseignent dans l’ombre, une vérité se dessine : tant que l’école malgache restera soumise aux ambitions électoralistes des partis au pouvoir, aucun projet éducatif durable ne verra le jour. Le savoir est devenu une monnaie d’échange politique. Et les enseignants, censés en être les gardiens, sont relégués au rang de figurants dans un théâtre de pouvoir qui, depuis trop longtemps, sacrifie l’éducation au profit de la conquête ou du maintien du pouvoir.

 

Par : Harynah Ramanantsoa, Nadia Raonimanalina, Fah Andriamanarivo